Cyber sécurité : serrure de la Smart City

J’ai participé cette semaine à une table ronde organisée par Alliancy et FIC sur la question de la cybersécurité dans les territoires aux cotés de Siemens, du groupe Lacroix, du FIC et de la communauté urbaine Grand Paris Seine & Oise.

Quelque chose se passe dans le domaine de la cybersécurité.

Multiplication par 4 des évènements déclarés en 2020 et 57% des entreprises confirmant avoir été concernées par une cyber attaque. On constate un glissement de l’activité de cybersécurité vers la ‘criminalité’ organisée et non plus seulement animée par des ‘hackers’ isolés.

Au-delà, des administrations publiques ont été ciblées : les villes de Vincennes, La Rochelle, Marseille en 2020 et plus récemment les villes d’Angers, de Houille… mais aussi les hôpitaux de Ville franche et de Dax qui ont dû repasser aux papiers pour gérer leurs urgences notamment.

Profitant de la pression dû à la pandémie, souvent à la non-préparation des employés sur ce sujet ou à l’obsolescence des outils, les actions liées aux paiements de rançon se sont multipliées. Je citerai le Maire de la ville de Aulnoyes-Aymeris à qui une rançon de 150 000 € à été demandée pour décrypter les données de la ville bloquée.

La numérisation des villes a dématérialisé les processus et ouvert le système d’information vers l’extérieur, ne serait ce que par les ‘courriels’ des habitants mais de plus en plus par l’internet des objets et les systèmes et structures critiques qui sont devenus numériques. Nous avons lu dans la presse les accès au système de gestion de l’eau en Californie notamment.

La Cybersécurité devient aujourd’hui la ‘serrure des Smart territoires’, car si nous ne sommes pas capables collectivement de fermer cette serrure avec la bonne clé, ce sont les projets autour de la donnée, le développement de nouveaux usages, la dématérialisation totale des actes administratifs qui s’en trouvent exposer. Et nous savons que l’objectif unique que nous partageons d’aller vers une ville plus durable, zéro carbone et mieux vivable passera par l’usage du numérique utilisé au mieux et de façon la plus frugale et sure.

Les collectivités sont-elles préparées ?

Le déploiement du numérique, qui s’est amplifié en 2020 (une région par exemple nous indiquait qu’ils sont passés de 10 à 2000 personnes connectés à distance de façon régulière) et par la maturité des déploiements de nouveaux usages a fait surgir cette menace au premier plan.

La mise en œuvre de la ‘RGPD’, l’exigence légale d’ouverture des données en ‘Open Data’ ont commencé à sensibiliser les élus et le personnel des collectivités sur l’importance de la donnée, sa protection au sens des données sensibles et le changement de paradigme qu’elle implique dans des organisations bâties sur des silos et des missions verticales portées par les Vice-Présidents ou les Adjoints élus.

La crainte des incidents ou accidents cyber sécurité restaient limités, leur passage à un mode ‘rançonnage’ va sensibiliser les élus sur le phénomène qui concerne le blocage de la ville et non seulement le risque de voir des données sensibles exposer en dehors du système d’information de la collectivité.

Comment peut-on diminuer le risque ?

Des innovations, par exemple autour de la Blockchain vont aider à contribuer à réduire ces risques. Par exemple IBM aide des opérateurs de réseau électrique à s’assurer de la traçabilité de toute personne qui intervient en maintenance ou mise à jour de logiciels dans les nœuds du réseau pour s’assurer que seules les personnes certifiées par l’entreprise n’y ont eu accès.

Par ailleurs, il devient nécessaire de ‘sensibiliser’ les employés de la collectivité sur ce risque comme nous le faisons dans nos entreprises par une certification et un cours de 1H sur le sujet.

Nous devons aussi aider les collectivités à faire des ‘exercices’ de fonctionnement en mode dégradé et donc de définir des plans de redémarrage de l’activité.

Nous revenons aussi au sujet de pouvoir s’appuyer sur un responsable sécurité. Comme la loi l’a imposé pour un responsable de la donnée (DPO) et sous réserve que nous trouvions le bon niveau de mutualisation à la Métropole, ou auprès du syndicat intercommunaux techniques pour disposer de la bonne compétence à un cout accessible car partagé.

Il faut aussi regarder les nouveaux projets.Les appels d’offres devraient contenir la question de la cybersécurité dans les critères de choix et au-delà il faut mettre en œuvre pour ce qui existe déjà une politique que nous déployons chez IBM avec notre écosystème de partenaires ‘protéger – détecter et agir’.

Enfin, la question du budget reste critique. Dans les entreprises les budgets cyberssécurité sont prévus d’augmenter. Une étude portée par ‘Kaspersky éditeur de solutions’ indique qu’ils peuvent atteindre jusqu’à 23 % du budget informatique dans de petites entreprises, somme ‘colossale’ dans les budgets informatiques des collectivités.

Que pouvons-nous faire ?

Le traitement de la question de la cybersécurité devient nécessaire. Ne pas la traiter au niveau du risque d’occurrence réel pourrait stopper l’amélioration des services et le développement de nouveaux usages par le numérique dû à une perte de confiance dans la résilience de la collectivité.

Les collectivités ont su traiter la question de la protection des données qui n’était pas un sujet facile, elles sauront faire face à ce nouveau sujet.

La question qu’il est important de se poser, après les oppositions à la 5G, la crainte qui pourrait suivre à une attaque cyber qui paralyserait la ville, le risque de fuite de données personnelles, les questions liées à l’inclusion et les objections qui se développent autour du ‘cout écologique du numérique’ est celle d’une évaluation réaliste de ces externalités négatives devant les avancées et améliorations apportées par leur mise en œuvre.

La Métropole : le bon échelon pour la transformation numérique des territoires

L’inclusion comme thème d’intérêt majeur pour les Métropoles.

Avec un groupe d’étudiants (noms en bas de l’article) du M1 Master urbanisme de Sciences Po Paris qui fait parti de l’Ecole Urbaine dirigée par Antoine Courmont, nous avons conduit au nom du Syntec Numérique commission ‘Ville’ une étude auprès des ‘Métropoles’ françaises sur leur rôle dans la transformation numérique des territoires.

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Cette étude a été réalisée à un moment unique à la fin de la précédente mandature et pendant la préparation des élections repoussées en juin 2020.Cette temporalité a permis d’avoir une discussion avec les responsables numériques des collectivités capables de faire un bilan de six années de travail et aussi engagés dans la préparation d’une campagne électorale à venir.

L’enquête à porter sur 10 Métropoles et avant de regarder les thèmes majeurs qui ont porté la mandature et les freins qui ont ralenti cette transformation, des éléments communs ou de différences sont à noter.

L’ouverture de la donnée est un élément commun même si Lyon par exemple marque sa différence avec une notion de ‘License’ au travers d’une convention d’éthique à signer par celui qui en fait la demande. Un autre élément de différenciation est la position de certaines Métropoles qui laissent aux communes le soin d’assurer les outils de communication avec les habitants, comme la Métropole de Lille. Enfin la Métropole se distingue des communes la composant sur le sujet numérique par sa force de ‘portage politique’ et l’organisation de la gouvernance numérique.

Lorsque l’on regarde les priorités numériques de la dernière mandature, ‘l’attractivité économique’ qui au début des ‘Smart City’ était souvent le sujet principal est maintenant à la dernière position pour laisser sa place en tête des préoccupations à ‘l’inclusion’. Ensuite, l’amélioration des services aux habitants et la ville durable sont les thématiques qui justifient les projets numériques.

Le sujet de la faiblesse de la compétence au numérique se retrouve à la fois chez les élus et les agents des collectivités. Le Syntec numérique avec l’aide de l’association des Interconnectés est en train de réaliser une étude d’évaluation auprès de 1000 agents que nous présenterons début 2021.

Le lien ancienneté de la Métropole ou rapidité à s’être organisé fait ressortir une maturité plus forte vis-à-vis du numérique :

Enfin, en revenant à la question posée, il apparait clairement que la Métropole est le bon niveau  d’échelon territorial pour accélérer la transition numérique des territoires apportant à la fois : bon niveau de mutualisation des services (exemples : plateformes de services de Lyon ou Strasbourg), capacité à négocier avec les grandes entreprises et engager les sujets sensibles comme celui de l’inclusion à Montpellier et enfin la capacité à créer et développer la dynamique d’attractivité du territoire autour du sujet de la Ville et du numérique comme à Nice.

Etudiants en charge du projet : Euryale Ambroise – Agathe Bras – Marie Coulet –– Marion Gielly

Numérique et résilience, territoires et entreprises

J’ai eu l’occasion de participer à une table ronde organisée par Niort Numérique sur le ‘numérique et la résilience’ et nous avons pu échanger sur les enjeux, les risques et les opportunités. 

Denis Kessler disait il y a quelques jours : ‘Le monde qui s’ouvre sera obsédé par la préservation de la vie humaine’ 

Lorsque nous parlons de résilience, l’enjeu est là :

Comment un système, une organisation, une entreprise, un territoire se prépare et fait face à un évènement disruptif, voire catastrophique pour revivre au plus vite et revenir à son niveau d’équilibre avec la moindre casse, de victimes ou de dégâts financiers.

Notre question aujourd’hui est de se demander si le numérique aide ou pas dans ce défi.

Regardons ce qui vient de se passer. Dans cette période inédite de confinement, on ne peut pas nier que même si le Président Macron a utilisé le mot de ‘guerre’ nos grands services de réseau (énergie, eau, déchets, communication), nos collectivités, nos services majeurs banques et assurance et notre alimentation ont continué à fonctionner et souvent aidés par le numérique et le travail à distance pour les piloter. Même s’il est aussi évident que de nombreuses professions, souvent peu mises en avant ont aussi fait un travail difficile dans un environnement hostile alors que la très grande majorité des français étaient confinés.

De la même manière le confinement qui a bloqué chez eux à un moment donné plus d’1 milliard d’individus, n’a pas interrompu les échanges et le lien social et quasiment uniquement grâce aux outils de communication et aux réseaux sociaux.

De nombreuses entreprises vitales ont poursuivi leur travail aidées par le travail à distance et le e-commerce s’est développé comme jamais au travers des plateformes de ventes en ligne, Amazon a lui tout seul a embauché 175 000 personnes sur la période de confinement.

 

Il est donc évident que les entreprises doivent accélérer leur transformation digitale pour faciliter cette capacité de résilience et faire face à de futurs temps difficiles : poursuivre l’amélioration d’une relation client hybride, directe mais tout aussi complète via internet, sécuriser et disposer d’alternatives pour de leur chaine logistique avec l’intégration de producteurs locaux et une gestion dynamique de la disponibilité des produits (par exemple proposer des alternatives de ce qui est disponible par rapport à une demande), permettre ses employés de travailler plus à distance en toute sécurité pour les données de l’entreprise

 

Un bémol pourrait être apporté concernant l’importance démesurée des plateformes numériques (GAFAM) qui ont permis à la population de communiquer : Google, Facebook, Microsoft … leur rôle et leur puissance pourrait devenir un risque sur notre résilience en étant un passage obligé si par mauvaise gestion ou par défaut technique ils venaient à s’écrouler. Il est donc important de favoriser toutes les alternatives, les outils propres pour pouvoir changer et rester agile sur la solution qui permets la résilience … l’enjeu politique autour du rachat de Tik Tok en dit long sur la puissance réelle ou supposée de ses nouveaux réseaux sociaux.

 

Il en est de même pour les territoires.

Les crises se sont récemment succédées depuis le tsunami en Indonésie qui a marqué le début d’une série noire d’inondations, de pics de chaleur, de fonte des glaciers, de feux gigantesques…Les prévisionnistes pensent qu’il continueront avec des amplitudes toujours plus élevées. Là encore le numérique comme outil peut aider l’homme dans deux directions. 

Premier niveau : anticiper et prévoir. L’exemple de Rio qui connaissait a la fin des années 2000 des pluies diluviennes qui créaient des glissements de terrain et qui ont entrainé jusqu’à 200 morts a mise en œuvre une solution pour dépasser la seule protection qui existait face à ce phénomène : ‘barricadez-vous !’. IBM a travaillé avec la ville, des associations, la Météo et avec des moyens de simulation et de captation de données, nous avons alors pu mettre à disposition de la ville un outil de prévision à 72h du risque et de ses conséquences sur des carrés de 1km² dans la ville, permettant au maire de demander aux populations de ces mini zones d’évacuer si nécessaire.

Deuxième niveau : réagir vite et de façon coordonner dans la crise. En Indonésie nous avons mise en place une plateforme de gestion de la crise permettant à toutes les équipes de secours de travailler en même temps sur la même donnée, avec la même communication et de gagner ainsi quelques dizaines de minutes sur toutes les actions, éviter les cafouillages et ainsi préserver des vies et protéger des lieux, permettant un retour plus rapide à la normale et ce à moindre gain.

 

La résilience est la condition de notre survie, professionnelle et personnelles. Les crises semblent être amenées à se multiplier et de tous types. Toutes les organisations se posent des questions et investissent pour faire face à des attaques de cybersécurité. De la même manière la question de la résilience doit être traitée, peut être dans le cadre des mission ‘’RSE’ et nécessiter les investissements qui vont bien pour prévoir, anticiper pour minimiser mais aussi traiter et passer la période de crise dans les conditions qui permettront sans trop de ‘casse’ au retour à la normale, et le numérique apparait comme un des outils majeurs dans ce travail.

La donnée et le risque dans la ville : de Pekin à Dijon

À l’origine pensées techniques, les solutions smart city se sont développées selon l’idée que la donnée et son traitement pouvaient répondre à l’amélioration des conditions de vie des zones densément peuplées.

Risque De Sécurité De Poteau Indicateur - Signe Allemand De Ville ...

Les solutions développées en utilisant la simulation ont su se rendre utiles aussi dans cette période de confinement

Les solutions smart city se sont développées autour de la gestion de la donnée : big data, analytique, mobilité, réseaux sociaux, outils de simulation et modélisation et maintenant Internet des objets, intelligence artificielle et Blockchain.

Dès 2012, IBM a mis en place à Rio de Janeiro une solution de prédiction du risque de glissement de terrain. Grâce à des outils de calcul intensif, une modélisation du terrain et des événements pluvieux, la simulation permet  de prévoir 48 heures à l’avance, en cas de fortes pluies, un glissement de terrain sur une surface de 1 km², permettant ainsi une évacuation réalisable.

Actuellement, grâce à des ressources de modélisation et de simulation, IBM a développé pour les autorités de la ville de Pekin un système de prévision à 72 heures des sources de pollution : des outils de décision qui permettent de freiner l’activité industrielle ou la circulation et d’éviter ainsi les pics de pollution. Ce projet « Green Horizon » démontre comment le couplage de la modélisation, de la simulation et du machine learning crée un « décideur augmenté ».

(intertitre) Le cas des métropoles lyonnaise et dijonnaise

En 2015, Veolia a répondu à un appel d’offres de la Métropole de Lyon demandant de mettre en place un dispositif permettant d’alerter en moins de 72 heures habitants et autorités sur toute fuite dans le réseau. L’objectif était d’optimiser les investissements et de veiller à la maintenance du réseau. Après plusieurs consultations et une phase de test, Veolia s’est tourné vers IBM pour construire avec eux le double numérique du réseau et permettre, par la récupération des données et les systèmes d’alerte, de répondre aux contraintes. Après avoir gagné l’appel d’offres de Lyon, Veolia a remporté celui de Lille et a déployé cette solution dans plusieurs villes qu’il opère.

Il y a un an, Dijon inaugurait un centre de pilotage de la ville : « OnDijon ». Cet hyperviseur de la ville, développé par un consortium porté par Bouygues, EDF-Citelum, Suez et Cap, se positionne au-dessus des centres de pilotage métier pour permettre de faire des économies sur les dépenses en utilisant la donnée et, par corrélation, d’apporter de nouvelles solutions aux habitants. Dans cette période de confinement, l’hyperviseur a été détourné de son fonctionnement initial pour aider à mieux gérer cette période à effectif restreint en utilisant les informations apportées par la vidéoprotection (300 caméras), la gestion de l’éclairage public, des bornes électriques et la collecte des informations issues du transport public. OnDijon a ajouté un numéro vert d’appel d’urgence (hors problème de santé), permettant ainsi de mieux gérer tout problème sur la voie publique ou les bâtiments publics, tout cela avec des équipes de terrain réduites en raison du confinement. Les caméras sont utilisées pour visualiser les abus en tout genre par rapport aux règles du confinement.

On comprend, avec cette nouvelle utilisation, que la mise en œuvre d’une plateforme de collecte de données du territoire, des outils d’analytique et d’IA de traitement, couplés à de la simulation et à des scénarios de pilotage, amène les moyens nécessaires pour apporter de nouveaux services et un haut niveau de réponse aux habitants de la ville.

ARTICLE publié dans la revue CentraleSupelec le 1er mai 2020

Comment tirer de la valeur de la donnée dans les villes

Ce début d’année j’ai eu l’opportunité de participer à un atelier de travail organisé par le CGET – Commissariat général à l’égalité des territoires – sur la donnée et comment en tirer profit à l’usage des habitants. Étaient présents des offreurs de solutions et d’outils pour traiter les données comme IBM, GFI et GRDF, la ville du Havre appuyée par Chronos, le Ministère et les étudiants de l’Université du Havre Master Urbanisme qui avaient travaillé sur cette question.

 

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La première question est bien sur celle des données : ou sont-elles ? d’où viennent-elles ? et comment pouvoir en disposer ? La ville doit regarder de quelle manière elle peut bénéficier des données privées présentes sur son territoire. Par exemple Lille a négocié avec Waze pour enrichir son référentiel de données de mobilité. Se posent alors les questions de médiation, de gouvernance, d’engagement et de règles de partage

La deuxième notion directement liée à cette origine des données est celle de la transparence qui est à la fois un catalyseur de l’utilisation des données et un gage d’ouverture. Plus personne ne remet en cause aujourd’hui l’Open Data qui d’ailleurs est inscrite dans la loi, enjeu identifié dès 2012 par Montpellier avec IBM et Rennes avec Dassault systèmes et mis en avant par les premières récompenses Big Data attribuées par l’Etat. Selon le dernier rapport de l’OCDE sur le sujet publié le 11 mars 2020, la France est en 2eme position en Europe pour la facilité d’accès, la disponibilité des données et les efforts de l’état sur le sujet. http://www.oecd.org/gov/digital-government/ourdata-index-policy-paper-2020.pdf#page=21&zoom=100,84,285

Moyen de partage, moyen de transparence, visibilité des actions de la ville et opportunités pour créer de nouveaux usages pour ceux qui vont s’emparer de ces données, l’enjeu est immense.

La troisième question qui apparait dans les discussions avec les collectivités concerne les couts liés à la captation, au traitement et au stockage de ces données amenant à la question de la valorisation ou monétisation. Rappelons que la notion d’Open Data ne signifie pas automatiques ‘Free data’ et par ailleurs les couts associés pourraient aussi être considérés comme un service supplémentaire apporté aux administrés.

Enfin, le dernier point est celui de l’interopérabilité des données ou de leur normalisation pour pouvoir disposer d’outils standardisés et partagés et donc moins chers de traitements

En regardant les réalisations françaises on constate des situations diverses. Nice a fait le choix de créer un entrepôt de données et de se positionner en ‘opérateur de télécommunication’ pouvant capter ainsi l’information au plus près de sa production. D’autres comme Lyon on construit en ‘open source’ leur plateforme de données réceptacle de toutes les données avant leur exposition en Open Data.

Ensuite, ces données n’auront de valeur que si elles sont utilisées et associées à des dispositifs de création d’usages apportant de la valeur aux habitants.

Les ‘Living lab’ comme le TUBA à Lyon (historiquement le NUMA à Paris), ou d’autres dispositifs sont nécessaires pour engager les expériences, apprendre la gouvernance et préparer le passage à l’échelle qui reste souvent la question la plus critique.

Enfin le dernière enjeu, qui doit surpasser les questions précédentes est celui du bien fondé d’utiliser de la donnée à des fins de durabilité

La ville notion de ville ‘intelligente’ s’est transformée en ville ‘plus durable’ pour répondre au défi de la transition climatique comprise et acceptée par tous.

Il faut donc dans cet esprit, capter de la donnée pour pouvoir traiter au plus juste : économie d’éclairage public par des capteurs tel qu’a Dijon, pilotage des fournisseurs sur le ramassage des déchets ou l’arrosage des parcs à Madrid par le projet MINBT d’IBM, meilleure coordination des actions et des travaux dans la ville pour réduire les dispersions et faire une seule fois à Katowice avec IBM

La responsable du numérique du Havre a conclu en démontrant la difficulté de marier l’innovation autour de la donnée dans un territoire mêlant urbain et rural mais surtout d’enraciner les transformations qu’elle apporte dans le système d’informations de la ville qui lui-même a ses chantiers, ses évolutions pour répondre à la modernisation des service publics. C’est le pragmatisme qui a prévalu avec un axe fort d’innovation autour du port et ensuite de tout ce qui amenait très vite du sens et de la valeur au plus près des usagers.

 

En conclusion de ces échanges nous avons partagé et admis le fait qu’évoluer vers une ville durable nécessite par définition la collecte, la compréhension la donnée, et sa collecte afin de rester frugal.

Que cette donnée, travaillée et utilisée par des dispositifs de création supportés par la ville amène de l’intelligence pour des usages pratiques à construire et valider avec les habitants dans un modèle d’itérations, d’agilité et de MVP (minimum product value)

La ville doit alors se doter d’un appui par une ‘factory numérique’ capable de créer au fur et à mesure les usages demandées et en rapport des attentes des habitants

La ville intelligente sou plus durable est l’aboutissement d’une approche à 3 entrées possible 1/ par l’Open data et ses nouveaux usages 2/ par la digitalisation de politiques sectorielles Énergie, Mobilité, Sécurité … ou par l’approche de création d’un hyperviseur permettant une vision globale comme fait ou engager à Angers, Dijon, Nice, Madrid, Katowice, Atlanta …

Angers, nouvelle étape Smart City

Depuis 10 ans les projets smart City se déploient dans les territoires en France et dans le monde ; la France avec l’annonce du projet d’Angers et après celui de Dijon a-t-elle trouvé un modèle spécifique ?

Des simples expériences aux projets les plus complexes, l’ambition reste la même : améliorer la vie des habitants en changeant certains usages et en apportant de nouveaux services, optimiser la production des services aux habitants et limiter les dépenses inutiles.

À cela se sont superposés d’autres objectifs : développer l’attractivité du territoire, sûrement l’un des tout premiers objectifs pour les villes françaises et plus récemment sécuriser un développement plus durable, voire une utilisation frugale des ressources rares tout en associant de plus en plus les citoyens aux choix et décisions qui les impactent.

On sait que la donnée et les solutions numériques sont au cœur de ces nouvelles possibilités. Pour se situer (informations géospatiales par exemple), pour mieux savoir et comprendre (information multimodale, information de consommation, information de capteurs, identification d’un modèle et prédiction de comportement…), pour disposer de choix d’actions (proposition d’alternatives de déplacements, co-voiturage, AirbnB …) d’opportunités (informations de tout ordre, offres, stocks, réductions…), pour détecter les anomalies (capteurs de bruits, de pression, de vibrations …), pour informer les décideurs (collection d’informations, tableaux de synthèse, dashboard de services ou de villes …), pour les corréler et apprendre de nouvelles informations.

Angers représente un composé de tous ces objectifs, comme est en train de le réaliser Dijon en France et comme l’avait fait Nice dès 2014 avec IBM en étant la première ville de France à positionner un Hyperviseur pour analyser le Traffic, la pollution et développer de multiples applications autour du monitoring urbain.

L’approche française semble se distinguer par 5 éléments constitutifs spécifiques.

1 => Un projet à l’échelle sur une ville intégrant différents ‘vertical’ et la transformation de leur exploitation sur plus de 10 ans en intégrant de nouvelles technologies et de l’intelligence pour réduire le budget de fonctionnement. Les principaux services qui semblent constituer le socle de ces projets sont l’éclairage public et la gestion de l’énergie dans les bâtiments publics apportant tous les deux des économies, de plus de 60 % pour le premier et entre 20 et 30 % pour le second (objectifs définis à Angers). Ensuite la gestion de l’eau, qui permet d’augmenter le rendement et donc de produire moins d’eau potable pour la même quantité d’eau distribuée et de réduire les fuites (objectifs de 30 % d’amélioration à Angers portés par Suez, à Lyon le projet HUBLOT avec Veolia permettait de réagir à toute fuite en 72h). Enfin, la gestion des feux tricolores en intégrant plus de capteurs permettant de mieux intégrer la réalité du trafic en temps réel et optionnellement la gestion des parkings et des amendes pour dépassements de temps qui apportent des gains. C’est le ‘corps’ du projet qui justifie le projet par ses gains de fonctionnement

2 => Le choix d’un consortium d’opérateurs métiers, épaulés par un opérateur numérique, et avec une exécution locale créant des emplois. A Montpellier nous avions travaillé avec Veolia, Predict, Transdev, Synox ..), à Dijon le consortium est porté par Bouygues, Citelum, Suez, Cap; à Angers par ENGIE, La Poste et Suez.

3 => La mise en place d’un hyperviseur de la ville regroupant les données utiles au-dessus des centres de gestion par métiers pour en tirer de nouvelles informations, ouvrir la donnée publique, créer de nouveau usages avec l’objectif principal de ‘rendre service’ à la population.

4 => La mise en œuvre dans le territoire d’activités d’innovation, de recherche et d’enseignement autour des thèmes portés par le projet associé à des starts up.

5 => Une mise en œuvre de concertation citoyenne pour affiner les nouveaux services plébiscités par la population en réservant un budget identifié pour ces travaux afin que le projet ne soit pas vécu comme une décision des élus imposée à la population, et qu’il puisse évoluer dans le temps avec les besoins.

Ces 5 caractéristiques permettent de répondre aux objectifs majeurs d’économie, de modernisation, de meilleure réponse aux besoins des habitants et de développement économique du territoire qui se dote d’un projet et d’une vision à long terme dans le cadre d’un développement plus durable et frugal de la ville.

Vivatech : les start-ups et les villes

Plus de 2300 start-ups ont exposé leurs dernières innovations à Viva Technology fin mai 2019.

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Elles sont présentes dans tous les domaines de l’industrie (énergie, mobilité, écologie, beauté, télécommunications…) et travaillent souvent sur l’IoT, l’IA, la réalité virtuelle et/ou les plateformes numériques. Qu’elles soient ‘incubées’ par de grands groupes ou accompagnées par les territoires, les start-ups représentent un levier d’innovation très important : « Vivatech » est ainsi devenu un événement hors norme, proche du CES de Las Vegas en nombre de visiteurs.

Pour les grands groupes, elles sont à la fois une preuve de leur investissement dans l’innovation et leur moyen de trouver de nouvelles sources d’idées à l’extérieur pour éviter de se faire ‘disrupter’ par un inconnu émergeant sur leur marché. Elles représentent le futur : les start-ups jouent en effet un rôle important en termes de recherche et de développement. Elles travaillent sur de nouveaux usages et les solutions les plus prometteuses et abouties pourront ensuite être mises à l’échelle par l’entreprise qui les ‘accélère’. Les entreprises, qui ont bien compris les enjeux liés aux start-ups, les ont placées au cœur de leur stratégie.

Mais qu’en est-il des villes ? Les villes en tant que telles n’étaient pas présentes au salon mais les Régions représentaient les territoires, ce qui peut paraitre logique au regard de leur compétence de ‘chef de file’ du développement économique. Néanmoins  leur absence, qui pourrait laisser penser qu’elles laissent le soin aux entreprises d’innover pour leur compte, est à nuancer. Les Métropoles et grandes villes sont très engagées dans l’aide au développement des écosystèmes d’innovation. Les villes s’appuient sur les nouvelles solutions apportées par les entreprises mais sont aussi très actives elles-mêmes en tirant parti des start-ups de leur territoire.

Il existe en effet de nombreux lieux d’innovation dans les villes sur le territoire français et à l’étranger. Ces lieux sont soutenus par les villes, même si elles n’en sont pas toujours à l’origine. De tels espaces sont des lieux d’expérimentations et d’innovations autour des habitudes de la vie quotidienne, de la gestion des ressources rares, la vie citoyenne, la consommation et tous les sujets qui peuvent être réinventés grâce aux nouvelles technologies.

Quelques-uns de ces lieux sont remarquables comme par exemple la zone Darwin de Bordeaux ou les ‘TUBA’ (Tubes A Expérimentation Urbaine) à Mulhouse et à Lyon. Des projets sont en cours de déploiement, comme à la Cartoucherie de Toulouse, qui se transformera en éco-quartier d’ici 2020. A l’étranger également, en Europe (Berlin, Copenhague pour ne citer qu’elles) et dans le reste du monde, la tendance est la même. Ainsi la ville de San Francisco a développé un programme, l’Office of Civic Innovation, pour réinventer la ville et son modèle économique. La ville travaille avec les start-ups, les citoyens et les grandes entreprises sur des projets ayant pour but d’améliorer la qualité de la vie des habitants et de digitaliser leur écosystème. 

Le projet Darwin à Bordeaux

Darwin se définit comme « un terrain de jeu grandeur nature de l’innovation ». En effet, dans ce quartier bordelais très visité, start-ups et citoyens collaborent pour créer un quartier tourné vers l’économie verte. Cet écosystème est vaste : une zone est mise à disposition pour les grapheurs, des espaces de co-working peuvent être utilisés par des freelances, des éléments aussi divers qu’une épicerie bio, un restaurant, un gigantesque skate-park et une ferme urbaine s’y côtoient. De nombreux projets deviennent ici des start-ups qui sont incubées par Le ‘Campement’, un organisme soutenu par la ville de Bordeaux et la Région Nouvelle-Aquitaine. Les start-ups réfléchissent à des modèles économiques plus responsables, sociaux et solidaires. Pour y être incubées, elles doivent vouloir développer un projet à forte dimension sociale et environnementale. Elles doivent également être capables de créer des emplois et d’attirer des compétences à Bordeaux.

Le Tube A Expérimentation Urbaine (TUBA) à Mulhouse et Lyon

Mulhouse et Lyon ont leur TUBA, dont le but est de mettre en contact des entrepreneurs, des citoyens et des grandes entreprises. A Lyon, origine du concept, le projet est mené par l’association Lyon Urban Data et a pour but de « favoriser l’innovation, l’incubation et le développement de services urbains s’appuyant sur les données numériques privées et publiques ». Tous les acteurs de la ville se réunissent ici pour concevoir des solutions innovantes dont le but est d’améliorer la vie en milieu urbain. Le TUBA de Mulhouse, plus récent, a sensiblement le même fonctionnement et partage les mêmes objectifs. Il compte parmi ses partenaires de grandes entreprises comme Veolia, EDF, Enedis, GRDF ou le Groupe La Poste. Là encore, les villes de Mulhouse et de Lyon soutiennent leurs centres respectifs. Ces espaces sont bien intégrés dans le paysage local, ayant des accords avec les universités, écoles et associations locales, les villes et les entreprises. Les équipes qui font vivre ces écosystèmes réfléchissent autour des grands thèmes de la ville : mobilités, tourisme, énergies, économies circulaires, circuits courts, services numériques, innovation sociale… Tous les thèmes sont sujets à expérimentation.

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Plus récemment Dijon, qui a inauguré en avril ‘ON DIJON’, l’a automatiquement lié à une zone d’innovation urbaine irriguée par les entreprises qui souhaitent lancer des expérimentations.

Les villes ont donc lancé des initiatives et des constructions pour favoriser l’écosystème des start-ups : elles ont acquis, grâce aux start-ups, des pôles externalisés de Recherche et de Développement, au même titre que les grandes entreprises qui les développent en interne.

Et si les villes ne les ont pas affichées au salon Viva Technology, c’est parce que les start-ups sont indépendantes, les villes n’intervenant que dans un rôle de soutien et d’accompagnement. Mais si le succès de cette stratégie est indéniable, il reste que ces expérimentations font face aux mêmes problématiques que les start-ups : comment développer les projets à grande échelle ? Comment faire en sorte, que d’un quartier, le mode de vie inventé dans ces espaces soit diffusé à l’échelle d’une grande ville? Et ce n’est pas la seule question que pose cette stratégie. Si les start-ups représentent ce rôle externalisé de recherche et de développement pour les villes, celles-ci apparaissent aujourd’hui aussi très dépendantes de ces acteurs privés, alors même qu’elles doivent rester des tiers de confiance. Comment les villes peuvent-elles participer à la course à l’innovation technologique au service du secteur public tout en restant le tiers de confiance, et sans ralentir les écosystèmes qui se créent aujourd’hui autour d’elles ?

Article co-écrit avec Guillaume Bérard

2019 année des plateformes SmartCity en France

Comme le dit Erik Orsenna dans son livre ‘Désir de villes’ : ’la bonne santé, la nôtre comme celle de toute ville, repose sur le pouvoir de rassembler et de traiter un nombre presque infini de données ( ) La condition de l’intelligence, au sens de la ville ‘intelligente’, c’est le refus du déni’

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Collecter, filtrer, valider, rassembler, analyser, corréler les données issues des capteurs, des habitants ou d’acteurs externes, comme ceux proposant des données météorologiques ou des informations ‘non structurées’ issues d’internet (par exemple) constituent la base de ‘ce refus de déni’ pour comprendre ‘les fonctionnements’ des ‘systèmes’ de la ville, et l’environnement et l’avis des habitants qui y vivent.

Mettre en place de tels systèmes, qu’ils soient partiels, locaux, verticaux structurent la démarche Smart City : système de gestion de l’eau intelligente (Waternamics chez Veolia ou Aquadvanced chez Suez), système de pilotage agile de la sécurité des personnes (plateforme Opencity développée par Ineo sur base de technologies IBM), Smart Grids (tels qu’ENEDIS les teste dans de nombreux territoires) mais aussi simple application de signalement (comme Neocity ouTellmycity ….) permettant de relier habitant et gestionnaire de la collectivité.

IBM a mis en place entre 2010 et 2018 près d’une quinzaine de plateformes (Hyperviseurs), générales comme à Pleasant, Madrid ou Katovice ou spécialisées comme dans le New Jersey, à Atlanta ou à Davao mais le mouvement n’avait pas pénétré la France à l’exception des projets de Recherche et Développement déployés entre 2013 et 2016 à Montpellier, Nice ou Perpignan.

En 2018 en France, l’agglomération de Dijon et une communauté de communes le Haut Val d’Alzette se sont engagés dans cette recherche du ‘graal’ de la Smart City et 2019 verra à la fois la décision d’une solution de plateforme numérique à Angers et l’inauguration de ‘On Dijon’.

Dijon et ses 24 communes a choisi un ‘CREM’ de la conception à l’exploitation sur 12 ans pour un budget de 105 Millions dont 53 Millions d’investissements après 18 mois de dialogue compétitif.

L’objectif est de déployer le poste de pilotage unique de l’agglomération, regroupant près de 6 centres actuels (sécurité, transports, feu, PC neige, allo mairie, gestion de l’éclairage …).Mais le cœur du projet est bâti autour d’un contrat de performance énergétique de l’éclairage public avec un engagement de réduction de 65%, économie nécessaire et porteuse d’une partie des innovations.

Au-delà, le projet s’intègre dans une politique lancée avant ce projet pour faire de Dijon l’une des villes de France les plus attractives (l’agglomération revendique près de 1 Milliards d’investissements depuis 15 ans) au cœur d’un triangle Paris – Strasbourg – Lyon et permet d’accélérer une dynamique avec l’ouverture des données du territoire à l’écosystème d’acteurs publics et privés qui ne cesse de s’enrichir attirés par le projet de Smart City.

Le projet du Haut Val d’Alzette s’inscrit lui dans un développement territorial piloté par un EPA et la communauté de communes et dans le cadre de la dynamique d’un secteur géographique plus large à coté du Luxembourg. Ce territoire à la recherche d’une nouvelle image (après des décennies de sidérurgie) s’est inscrit dès 2009 dans des programmes d’innovation en étant distingué par le label Eco-cité et en ouvrant à ce moment-là un ‘living lab de la ville’. Aujourd’hui il a signé un partenariat d’innovation pour déployer l’hyperviseur du territoire et mettre à disposition des acteurs économiques les données d’usage à l’horizon du 4eme trimestre 2020 et offrir ainsi de nouveaux services aux citoyens (projet du type de Montpellier Smart City)

Enfin, dans les mois qui viennent Angers décidera de son projet de regroupement d’activités avec l’installation d’un hyperviseur pour piloter la ville, puis les communes de l’agglomération.

Trois projets, qui ne sont pas ceux d’une des 14 Métropoles françaises. Les élus de ces villes ont décidé de dépasser la logique des projets d’innovation par thématique qui portent une trajectoire de Smart City en accélérant la mise en place d’un hyperviseur de pilotage global, et d’y associéer : ouverture des données, relation directe avec les citoyens, création de nouveaux services numériques aux habitants et mise à disposition du terrritoire pour innover : LivingLab, Fablab et nouvelles structures d’enseignement et de recherche favorisant un terreau de starts up.

Smart City – 10 idées pour 2019

En ce début de 2019, les bilans 2018 et les perspectives de 2019 se bousculent.

Quelles technologies vont se déployer ou émerger dans l’année, quelles leçons tirer de ces 12 mois, quels usages ont commencé à changer nos vies, quelles entreprises émergent ou ‘explosent’ sans qu’une telle évolution ait pu être anticipée.

Et pour les villes intelligentes ? Aurons-nous une cuvée 2019 qui changera le paradigme ? Qui permettra de passer à l’échelle ? 

Quels sont les 10 fondements et leviers des projets de Ville intelligente en 2019

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1/ Les villes doivent s’adapter à nos nouveaux modes de vie : partage, engagement citoyen, utilisation permanente d’internet et des réseaux sociaux et majoritairement en utilisation mobile, télétravail, formation permanente en ‘MOOC’, volonté de consommer mieux et de produire moins de déchets et de CO² et une partie de la population qui se sent délaissée par la mondialisation et la métropolisation

2/ Le développement de nouveaux services numériques va se poursuivre et s’amplifier : multi-modalité, billettique unique, application de signalements, application pour appuyer le commerce de centre-ville, applications pour optimiser l’énergie ou partager ses capacités de stockage électrique, applications supportant les circuits courts d’approvisionnements, guichet unique, formalités administratives dématérialisées.

3/ Les habitants réclament d’être les acteurs de leur ville : applications de sondages, applications de concertation, applications de Co création et de discussions pendant les phases de projet…Les Civitech qui existent depuis plusieurs années, devraient trouver un nouveau souffle dans le contexte actuel en appui de la reconquête de la démocratie locale et de proximité.

4/ La ville doit être ‘plus facile’ : se déplacer avec le moyen de son choix – facile à trouver, partager et en connexion directe -, information permanente et à tout moment, information ‘poussée’ dans les domaines qui nous intéressent, alertes sur les risques ou les informations à ‘savoir’, partage facile des savoirs et échange favorisé dans des lieux adaptés Fablab – Datalab, les services de la collectivités doivent d’adapter à nos demandes et pas le contraire.

5/ La collectivité doit inclure le numérique et l’innovation permanente dans ses nouveaux services

6/ Les élus et les entreprises qui travaillent avec les collectivités doivent expliquer à la population et justifier leur respect des normes de la CNIL ou de la GDPR et les moyens utilisés pour ne pas inquiéter les habitants sur l’utilisation de données privées pour produire de nouveaux services.

7/ La collectivité doit utiliser le numérique et la ville intelligente pour réduire les dépenses ce qui sécurisera le bienfondé de la démarche.

8/ La collectivité doit créer les conditions pour susciter et animer l’écosystème privé et public qui peuvent apporter les solutions que les habitants attendent.

9/ La ville doit s’assurer de proposer des moyens favorisant l’inclusion numérique pour ne pas laisser des parties de la population à côté de ces améliorations.

10/ Enfin, la ville ou le territoire, ceci dépendant de la géographie, doit devenir la ‘plateforme’ de médiation et de collecte et stockage de données privées et publique pour aider au pilotage global des activités, permettre des alertes vitales et coordonner pour la population le développement concerté et harmonieux du territoire aligné sur des objectifs partagés.

Smart Territoire et attractivité

Elements présentés au colloque du MEDEF à Dijon le 6 septembre 2018

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L’attractivité adresse à la fois la capacité à drainer des flux de façon durable mais aussi adresse de façon plus subjective l’attrait, la capacité de séduction pour attirer intelligence et ressources

En 2008 le taux d’habitants dans les villes de la planète basculait à 50 % pour atteindre les 70 % en 2050 pour 6.5 Milliards d’habitants. Comme le disait une étude de la ‘Fabrique de la Cité’ dès 2010 la ville est à la fois ‘une ville solution’ : elle apporte eau, logement, éducation … elle est ‘une ville marque’ : en effectuant des choix pour attirer des talents, des spécialités, un environnement mais elle est aussi aujourd’hui ‘interrogée’ sur la façon de s’être construite. Apparaissent alors les notions de durabilité, de ‘smart’, nécessaires pour garder son attractivité.

La Smart City dans ses définitions autour de la donnée et du ‘mieux vivre et mieux faire’ porte en elle-même la constitution de l’Intelligence du territoire (ou ‘l’Intelligence collective’ comme le dit A Picon) et est depuis son origine considérée comme un ‘accélérateur d’attractivité’.

Dès 2015 le cabinet TACTIS présentait les conclusions de son étude à l’évènement de Smart City de Nice et confirmé que le premier objectif de la création des Smart City était celui de l’attractivité.

Nous regarderons plus tard les différences facettes de cette attractivité à la fois pour les entreprises et les habitants qui s’appuient sur des bénéfices attendus différents et même si les deux s’amplifient mutuellement.

La Smart City est la continuité de la ‘ville connectée’. Après cette phase de ‘connexion’ dans les années 1990/2000 très tournée sur la question des infrastructures, la Smart City consiste finalement à utiliser la puissance de la donnée et à créer les conditions de coopération des acteurs pour innover. Ceci pour optimiser les services urbains et créer de nouveaux usages pour faciliter la vie du quotidien et faciliter son développement économique.

Comme d’ores et déjà 77% de la population Européenne vit dans les villes, il est clair que la création de valeur et de richesse se concentre aujourd’hui dans ces centres urbains, la question est donc de les ‘maintenir’ attractif.

Chaque année les hebdomadaires classent les villes où il fait bon vivre. L’attractivité pour la population ce sont à la fois des ressources ‘objectives’. Ce sont des possibilités de travail, des conditions d’éducation de qualité pour les enfants, une mobilité facile et variée, une qualité de l’air et un environnement agréable, des services au public abondants et riches (associations, crèches, culture, sport …) et des possibilités de logements de qualité à des prix accessibles ou des espaces verts. Et c’est aussi des ressources ‘symboliques’ telles que le rayonnement politique de la ville et de ses élus, sa dernière réalisation architecturale ou son image médiatique.

L’attractivité pour une entreprise c’est de trouver les conditions et les moyens de faire des économies, d’augmenter sa productivité ou d’accéder à de nouveaux marchés tout en disposant d’un vivier de ressources compétentes.

Si l’on regarde dans le détail les ambitions que se donnent les villes intelligentes, elles adressent bien ces sujets.

Prenons des exemples :

Concernant une mobilité facilitée et variée. Singapour vient d’être confirmée en tête du classement 2018 de Juniper des villes les plus intelligentes pour ses décisions en termes de mobilité, 14 Milliards d’investissement en transport en commun et mobilité intelligente et des règles très dures pour ‘figer’ le nombre de voitures dans la ville en échange de la qualité de déplacement et d’une pollution en recul. Londres 3eme de ce classement et qui dès 2003 avait mis un péage urbain en œuvre est aussi récompensée par tous ces aménagements de déplacements intelligents

L’usage des données est aussi fondamental dans le déplacement professionnel.

Nous avons démontré à Lyon avec une plateforme de données de mobilité temps réel et prédictive et en partenariat avec 3 transporteurs de tailles différentes qui travaillaient en coopération avec le centre de pilotage urbain CRITER qu’il était possible de diminuer de 20% le trajet des tournées de transport et d’en diminuer de 12% leur temps. Ceci au travers d’un service de prédiction qui proposait des tracés de tournées alternatives en temps réel et de façon prédictive et qui tenait compte des évènements de circulation. Aujourd’hui les partenariats entre Waze et les collectivités tendent à apporter de façon ouverte et pour tous les publics ce type d’aide

La mise en œuvre de politique volontariste locale d’ouverture des données issues des risques, de la mobilité, des évènements dans la ville et accompagnée par une animation des lieux de création de nouveaux usages avec les Grands groupes et les start up favorisent l’ouverture de nouveaux marchés et des usages qui facilitent la vie des gens…le TUBA à Lyon, Darwin à Bordeaux, le NUMA à Paris.

Dans cette rubrique on trouve beaucoup de travail actuellement sur les usages qui permettraient de dynamiser les centres villes : meilleure connaissance des clients, application de fidélisation pour les boutiques de la ville et non par ‘marque nationale’ (exemple de Saint Germain en Laye), parking intelligents permettant un péage flexible, à distance et une information de sa fin d’autorisation (Indigo à Nogent sur Marne par exemple), les technologies ‘LIFI’ qui permettent de ‘pousser ‘de l’information au passage de personnes qui en ont accepté le fait pour bénéficier de dernières promotions ….

Dans le domaine des économies, on ne peut pas ne pas citer la nature de l’opération de Dijon et de sa plateforme ‘On Dijon’ qui repose sur des gains pour la collectivité sur plusieurs années qui permettront ou de baisser les impôts ou d’amener de nouveaux services et tout cela dans un environnement plus sûr, mieux éclairé et moins consommateur d’énergie.

Ceci me permet pour terminer cette illustration de regrouper ces deux approches qui conduisent au même objectif d’attractivité et de recherche de visibilité pour attirer habitants et entreprises.

Celle de Dijon qui après avoir regardé les différents projets autour d’elle a construit son projet sur une économie très significative de dépenses pour la ville en déléguant une partie de son activité au privé associée à la  création de valeur par la donnée et le tout coordonné par un Hyperviseur de ville amenant transparence et efficacité.

Et celle de Nice ville historiquement ancrée sur le tourisme qui a choisi il y a près de 10 ans de se doter d’un deuxième pilier celui de la ‘sustainable metropolis’.Bien plus qu’une suite de projets (Smart Grid, Hyperviseur de ville, mobilité …) c’est l’ambition de créer un réseau d’entreprises qui s’implantent à Nice sur ce thème aiguillonnée par l’IMREDD institut de recherche de formation qui a développé ses compétences dans le domaine. Dès le début les investissements publics amplifiés par ceux du privé étaient calculés par une augmentation des retours d’impôts et la création d’emplois sur le territoire pour poursuivre son développement.

Ces deux exemples, nous le noterons sont portés par une grande ambition et force politique, sans quoi il ne se passe pas grand-chose dans ces domaines.

Le marketing s’est installé depuis longtemps dans la gestion des grandes Métropoles et villes moyennes pour aider les villes à définir leur identité et leur image. Néanmoins, il existe des conditions pour que cette ambition ne reste pas qu’un ‘message’ mais puisse se transformer en réalité. La Smart City doit être une vraie politique et trajectoire d’actions à long terme qui repose sur des projets réels et le plus possible à l’échelle de la ville et pas cantonné à des expérimentations.

Même si souvent la Direction Smart City est rattachée à la Direction du Développement économique, il est important qu’elle se situe au niveau du DGS ou secrétaire général pour pouvoir peser sur toutes les décisions, pour pouvoir décider comment l’usage de la donnée dans la prochaine consultation va pouvoir influer voire en changer sa nature.

Il faut accélérer l’ouverture des données, sans préjuger de l’usage qui en sera fait et il faut abandonner les projets uniquement d’expérimentation. Certes, il doit y a avoir une phase de calage avant extension, mais les projets doivent être pensé dès leur origine sur l’ensemble du territoire pour qu’ils aient vraiment un effet d’impact mais aussi qu’ils puissent apporter un élément économique intéressant pour les acteurs engagés.

L’attractivité créé et le changement apporté par le mouvement des Smart City c’est le travail coopératif entre Entreprises (grandes et petites), collectivités, instituts de recherche et citoyens et qui représente une valeur ajoutée inédite.

Enfin, ne terminons pas ce tour d’horizon sans se poser la question du risque de passer à une forte attractivité associée à la répulsivité pour des couches de population.

Performance économique, image et réalisations culturelles poussent à attirer les élites, qui sont de grosses consommatrices de services et donc de main d’œuvre de moindre compétence. Se pose alors la question de la coexistence, des logements à prix variés, du positionnement géographique des populations et la nécessité de savoir aussi attirer toutes les couches de population.