Les Smart Cities comme thématique d’investissement public de l’Etat et de l’Europe

Le gouvernement français vient d’annoncer son ’round’ d’investissement PIA de 320 M€ – 2015/2020 – ( 160 M€ en subvention – 50 M€ en fonds d’amorçage et 110 M€ en prise de participations ) pour les villes de demain dans le cadre du programme EcoCité.

Au travers de ces co-investissements aux cotés des villes et des partenaires industriels, l’Etat s’engage à accélérer le déploiement de solutions innovantes touchant de nombreux domaines de la ville intelligentes :

  • Conception urbaine et environnement,
  • Bâtiments et usages,
  • Mobilité, services urbains innovants,
  • Energie et réseaux

La thématique des villes intelligentes apparaît comme un axe majeur pour le développement de la société et il est important aussi que l’Europe puisse contribuer aux financements de ces projets de déploiement à l’échelle sur le territoire.

L’Europe doit elle considérer les ‘Smart City’ comme une thématique propre en complément de l’Energie ou des Transports? C’est le sujet que nous avons traité Le 12 novembre au colloque organisé par le think tank ‘Cité des Smart Cities’.

Voici le compte rendu de mon intervention:

« Le marché des Smart Cities est bel et bien ancré dans le paysage urbain par le nombre grandissant d’habitants qui vivront dans les villes en Europe en 2020 et qui concentreront 80% de la population. Pour faire face à cet enjeu ainsi qu’à ceux de villes durables et « où il fait bon vivre », la transformation numérique est nécessaire pour supporter la création de nouveaux usages et aider à l’amélioration de métiers qu’opère la ville pour ses habitants. Ainsi, le potentiel de ce marché représentera 68 milliards d’euros en Europe d’ici 2017 dans des secteurs clés comme l’énergie, les transports, l’eau et les services numériques, qui transcendent les frontières.

 

La France est un acteur incontournable pour atteindre les objectifs européens par ses entreprises de taille mondiale comme ENGIE, Veolia ou EDF et son tissu extrêmement dynamique de start-ups, animé par la French Tech (la BPI a d’ailleurs décidé de créer un fonds dédié aux start-ups positionnées sur le marché des Smart Cities). Côté numérique Orange et IBM France, et l’ensemble des sociétés de services ont aussi concentré des ressources et actions sur ce marché.  La Commission Européenne oriente sa politique pour satisfaire 11 objectifs stratégiques autour de différentes thématiques des Smart Cities (environnement, transports, efficacité énergétique, …) au travers de 83 programmes entre 2014 et 2020, avec un budget de 27 milliards d’euros pour la France.

 

Une des thématiques majeures est celle de la transition énergétique et les objectifs 2020 qui supportent beaucoup d’actions prises dans les villes et sont l’enjeu central de la COP21 : réduire de 20% les émissions en CO², atteindre 20% d’énergies renouvelables et améliorer de 20% l’efficacité énergétique d’ici 2020. La ville intelligente étant un des leviers incontournables pour y parvenir. La question autour de la nouvelle Politique Industrielle Européenne est de savoir si l’Europe a la volonté de développer une filière industrielle dédiée avec un fonds propre aux Smart Cities et/ou de favoriser un déploiement plus rapide des villes intelligentes par la création d’un Centre Unique qui faciliterait la transversalité et l’accès par les entreprises aux financements européens. Ceci dans un contexte spécifique français de contraintes financières lourdes sur les collectivités territoriales suite à la décision de l’Etat de réduire fortement et très rapidement sa contribution (DGF) aux collectivités. Dans le cadre de la filière emploi local, si l’emphase est portée sur les start-ups, il y a  un risque de répliquabilité difficile et si l’emphase est mise sur les grands groupes alors il y a un risque de dilution des effets par rapport à des ressources localisées sur le continent européen.

 

Quoi qu’il en soit, la part couverte par l’appel à projets « H2020 Smart Community 1 » ne finance que pour 26% de ses apports le secteur privé, alors que nous savons que par nature des projets, le retour sur investissement est très long.  Chez IBM, nous avons eu l’occasion de travailler sur ces calls européens, en gagnant par exemple en 2014 un appel d’offre avec Stockholm. Néanmoins, la construction des consortiums et la réponse à ces appels à projets présentent une forte complexité avec une faible chance de gagner, ce qui a poussé de nombreuses collectivités à ne pas postuler en 2015. »