Smart Building pour Smart Cities aux Universités d’été de la SBA ( Smart Building alliance )

Enjeux des données : quels usages, quelles garanties, quelle valorisation

Mon intervention au débat de cloture de la première journée

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 Il n’y a plus de débat sur la ‘ville intelligente’ :

Le contexte est clair : plus de population, plus d’urbains (70% de la population en 2050 sera urbaine – En 1950 83 villes de plus de 1 M  d’habitants – 476 aujourd’hui).Dépenser moins d’énergie, moins polluer – 80% du CO² est produit par les villes qui ne représentent que 2% de la surface du globe – moins perdre de temps dans les embouteillages – 1,6 % du PIB envolé en ‘fumées’ ! et permettre à la population de s’exprimer et d’entrer dans la boucle ‘créative’ de la ville.

Plusieurs adjectifs sont souvent associés à la ville intelligente :

Elle est connectée

Elle est économe, elle repose sur un développement plus durable

Elle est sure

Elle est inclusive

Elle est participative

Elle contribue à développer une économie locale qui alimente son développement

Beaucoup d’objectifs à satisfaire qui ne sont pas toujours embrassés dans les projets en cours, mais ils sont sous-jacents. Si le concept a démarré dans un cadre très technologique, il est maintenant évident que si la technologie, et majoritairement les solutions numériques sont au cœur de la démarche, elles ne sont pas l’aboutissement du concept comme des projets de villes comme ‘Songdo’ avaient pu le laisser croire.

 

Au cœur de ces projets, la donnée va porter la transformation des usages.

Il va falloir la produire, la collecter, la transmettre, l’afficher, la traiter et la transformer en informations pour prendre des décisions, analyser les situations sur des états cumulés et historiés, mais de plus en plus décider en temps réel, en ajoutant du ‘prédictif’ et de plus en plus du ‘cognitif’ pour identifier des ‘patterns’ récurrents par exemple qui permettront de réagir plus vite en choisissant le meilleur scénario déjà testé et éprouvé. 

Peut-on considérer le ‘bâtiment intelligent’ comme centre de gravité de la ‘ville intelligente’

Porter une dynamique et un projet au niveau d’une ville est possible et même nécessaire, nous avons vu que les Villes intelligentes considérées comme les plus avancées (Lyon, Nice, Barcelone, Amsterdam, Milton Keynes, Florence ou New York et Paris…) ont un projet Smart City inscrit dans le temps avec une feuille de route claire, chiffrée et une équipe mandatée qui la déploie.

Mais par ailleurs, nous avons aussi constaté qu’il était difficile de rendre visible les résultats de ce travail à l’échelle globale de la ville à l’exception de thèmes comme l’Open Data ou les plateformes de pilotage de ville ou les applications tournées vers les citoyens

Bien souvent, la mise en œuvre de concepts va se dérouler au niveau du quartier s’appuyant sur des ‘bâtiments intelligents’ comme en France avec les projets : Montpellier Eureka, Eiffage Orange Marseille, Confluence Lyon, Grenoble presqu’ile ou Nantes et les quartiers flottants

Lien entre ‘bâtiment intelligent’ et données

Il y a bien longtemps que les acteurs du bâtiment collectent des données pour suivre la gestion du bâtiment.

L’enjeu est maintenant d’étendre cette collecte, probablement de banaliser les capteurs et d’identifier un acteur qui va fédérer les données disponibles. La valeur viendra de la corrélation de ces données d’origines diverses (énergie, eau, qualité de l’air, prédiction météo …), avec celles issues d’autres systèmes comme les opinions d’utilisateurs ou d’habitants, leurs demandes – parfois non formalisées – et leurs gouts par exemple (autant de données souvent non structurées, par rapport à celles énergétiques par exemple) et de produire ensuite de nouveaux services d’aide à une meilleure vie dans le bâtiment (connaitre la place de parking disponible, le meilleur moment pour descendre à la cantine, le box dans un bâtiment tertiaire qui est libre même si il avait été réservé mais en fait où personne ne s’est rendu, la meilleure gestion de l’espace par la connaissance fine de son utilisation …)

Le bâtiment est le premier lieu d’intelligence sur le territoire, ensuite le quartier permet de fédérer des besoins et moyens. Avec par exemple le partage d’outils de mobilité, de parkings, d’échanges entre habitants mais aussi le production locale d’énergie et l’autoconsommation possible maintenant depuis le décret de mai 2017 ou les boucles de déchets optimisée  comme à Issy les Moulineaux…. 

Les données : leur pertinence et valeur

La donnée n’a pas de valeur si elle n’est pas utilisée.

Pour cela après sa collecte, elle doit être calibrée, triée, sélectionnée et transformée en information comme nous venons d’en parler.

Certaines seront porteuses immédiates de gains comme les données énergétiques qui vont permettre ensuite d’optimiser la consommation, ou celles liées à l’eau dans la détection des fuites. D’autres sont moins porteuses de valeur immédiate mais vont permettre de contribuer au mieux vivre comme par exemple le temps de passage du bus.

Question 1 : bâtiment et villes mais pour quels services ?

Les thématiques du bâtiment sont connues et ont été rappelées dans les différentes interventions : L’énergie et son optimisation – on peut avoir une production au niveau du bâtiment et du quartier en plus des autres mailles traditionnelles (autoconsommation), la sécurité qui est gérée souvent dans les espaces privés en complément de l’espace public et des améliorations de coordination et d’efficacité existent, meilleure gestion des espaces dans le bâtiment tertiaire, services de proximité : mobilité partagée, parking, concierge, restaurant et services locaux tous ceux-ci pouvant être partagés au niveau du quartier voire pour certains de la ville. Par contre la gestion des déchets et l’approvisionnement en fluides seront plus souvent liés au territoire.

Ces services reposent sur des données, produites localement ou pas. Ce qui va être différenciant dans le futur sera de positionner les besoins de l’habitant ou de l’usager au cœur des nouveaux services, et non pas de produire des services à chacun des échelons du bâtiment, du quartier ou de la ville. En effet c’est lui qui va se lever, se préparer, va travailler ou faire des courses ou se promener, préparera sa soirée et reviendra finalement chez lui. Sachant que certains de ses services lui seront proposés directement par des applications liées à la ville (déplacement) ou à par d’autres fournisseurs (possible conciergerie, météo …. ) comme les GAFA. 

Question 2 : la donnée est au cœur

Certains ont exagéré le lien explicite entre ‘smart city et numérique’ en rappelant que le numérique n’était pas le seul axe de cette ville et qu’il ne s’agissait pas de faire une ville de technologie. Ils ont à la fois raison, et ces critiques étaient issues de l’origine du concept (années 2010/2014 ) et tort car il n’y a pas de nouveaux services, de gestions optimisée, de sécurité ou d’expérience meilleure pour l’habitant ou l’employé sans qu’elles ne soit supportées par la donnée et le numérique.

IBM se positionne comme un acteur qui apporte de la technologie et des services aux acteurs fournisseurs des services finaux à l’habitant dont nous venons de parler. Nous proposons des solutions pour récolter la donnée en volume la protéger (Big Data -Cyber sécurité) après sa production par des capteurs que nous ne produisons pas et son traitement par des opérateurs de télécommunications que nous ne sommes pas. Par exemple nous avons signé un partenariat avec Kone pour qu’ils puissent utiliser et fournir des structures ‘IOT’ dans les bâtiments, nous avons un accord avec Vodafone dans le domaine de la ville intelligente ou nous fournissons la plateforme IOT et des services au petites villes, nous proposons des solutions autour de l’internet des objets – du Big Data – des DataLake pour regrouper données structurées et non structurées qui représente 80 % des données produites et ensuite les outils pour les traiter avec du prédictif, proposer des scénarii de réaction et du cognitif : langage naturel, identification de patterns pour aller vers une logique d’intelligence augmentée et de systèmes plus autonomes mais aussi plus abouties dans l’assistance au décisionnaire ( robot concierge dans les hotels Hilton, partenariat avec le groupe ENGIE sur la sécurité et les plateforme de territoire, partenariat avec Veolia sur la gestion de l’eau ) 

Question 3 : réaménager la ville, est ce que le numérique peut aider ?

L’augmentation démographique et la concentration urbaine me semblent inexorables pour au moins une génération, ensuite des phénomènes non prévus pourraient toujours intervenir comme régulation, car à terme ce rythme semble effectivement incroyable avec 10 Milliards d’habitants en 2050 dont 3 Milliards en Afrique.

Dans ce cadre et au-delà des questions d’énergie et de pollution, la mobilité est une difficulté majeure du quotidien liée au logement et à l’implantation des activités économiques.

La mixité fonctionnelle, les alternatives de mobilité publiques privé et sur tous type de véhicules, la co-mobilité et demain des véhicules autonomes qui permettront une plus grande densité de déplacements sur certains axes et enfin une meilleure information temps réel et prédictive de ces alternatives sur les trajets à faire sont autant d’améliorations possibles (Lyon en fait la démonstration au quotidien).

Mais il me semble effectivement dommage qu’il n’y ai pas des projets plus structurants ‘impulsés’ par le public ou le prive pour localiser des centres de production, de services et de décisions dans des lieux aujourd’hui délaissés et que le numérique remettraient à distance virtuelle proche.

Pensons à nos villes moyennes de province, qui ne sont pas sous l’influence d’une métropole ou à des villages qui ne sont pas touchés par le tourisme. Pour cela seul l’Etat peut donner l’exemple de façon massive et engager le mouvement.

Rappelons-nous il y a près de 60 ans, la France lançait deux programmes d’envergure très structurant dans ce domaine : la cote du Languedoc qui a été une initiative du général de Gaulle alors que beaucoup de gens expliquaient que ceci serait impossible à cause des moustiques et que personne ne viendrait dans ces nouvelles plages et les villes nouvelles autour de Paris : Evry, Saint Quentin en Yvelines, Marne la Vallée ….

Il pourrait y avoir un programme de cette envergure pour créer des ‘super Tier lieux’ et bassins de vie moins chers et plus agréable à vivre au quotidien, le tout ‘smart’

Question 4 : passage à l’échelle de la Smart City.

En 10 ans un grand chemin a été parcouru, on met en effet quelques grands projets en avant, mais aujourd’hui de très nombreuses villes, communes ont un programme de ville intelligente, connectée …

De nombreuses villes sont déjà identifiées comme déployant des solutions sérieusement dans ce domaine : Boston, Sans Francisco, NY, Copenhague, Stockholm, Amsterdam, Vienne, Berlin, Paris, Nice et Lyon bien sûr pour n’en citer que quelques grandes Métropoles.Mais en rapport avec les travaux de cette université on peut aussi rappeler que les bâtiments et les quartiers intelligents vont accélérer ce passage à l’échelle en forçant les élus à prendre en compte globalement sur la cité cette question s’ils ne l’avaient pas déjà fait.Enfin pour conclure je rappellerai que la Smart City est un projet – un voyage, pas un produit fini, qu’il faut une volonté politique claire et articulée avec des ressources et qu’il s’agit de revoir tous les investissements d’une collectivité à l’aune de ce que la technologie et le numérique peut apporter pour transformer la collectivité et apporter la valeur que le numérique peut amener.

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