Redonner la parole aux citoyens pour co-construire nos villes : La Civic-Tech

( * ) La ville peut devenir plus « smart » en profitant des retours d’expériences de ses premiers acteurs, les citoyens. La Civic Tech va transformer l’engagement citoyen et l’implication locale de tous.

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De quoi parle-t-on quand on fait référence à la Civic Tech ?

Philippe Sajhau Le concept recouvre à la fois des outils de crowdfunding et de communauté, le mouvement des technologies comme le Big data, le cloud ou l’intelligence artificielle, les questions de mobilité, de réseaux sociaux… Cela revient à voir de quelle manière la technologie peut aider à faire évoluer la démocratie dans un monde urbain et de plus en plus pressé, à rendre la donnée et l’action publiques plus transparentes. Ces actions visent à améliorer le système, parfois à dépenser moins, à développer des villes plus durables, à imaginer des solutions dans lesquelles l’habitant ou le citoyen peuvent se reconnecter à la décision politique, voire à faire pression sur les responsables politiques. Aujourd’hui, la réunion publique locale qui se tient un soir de semaine ne s’adresse souvent qu’à des retraités, à des personnes très impliquées et aux détracteurs du maire. Dans notre contexte de vie connectée, on doit permettre à chacun de se reconnecter à la vie de la ville, notamment pour les plus jeunes. Tout cela s’est développé en parallèle du mouvement d’ouverture des données, du développement de l’open data et de la notion d’open gouvernement. De manière assez paradoxale, plus on entend dire que les gens se désolidarisent des élus, plus chacun a envie de coconstruire la ville.

Ce mouvement sur la vie citoyenne est-il très avancé ?

  1. S. Le comité Ville du Syntec numérique a rendu publique en octobre dernier une étude IDC réalisée auprès de 102 collectivités sur la manière dont les villes prennent en compte le sujet de la Smart City et comment elles transforment leurs actions et services. Les résultats sont là ! 52 % des communes interrogées avaient mis en place des projets concernant la vie citoyenne. En premier lieu, ces communes attendent un renforcement du lien avec les citoyens (75 %), loin devant le développement de nouveaux services (45 %) et de la réduction des coûts (38 %).

Quelles applications concrètes peut-on en attendre ?

  1. S. Certaines initiatives permettent d’avoir un retour des citoyens sur un sujet qui concerne la ville ou l’amélioration de la vie en ville. Un réseau comme Ma-residence.fr fonctionne comme un réseau social inversé qui contribue à créer du lien local en partant de la communauté de voisins. Les mises en relations peer-to-peer permettent de créer des communautés en fonction de demandes ciblées, au-delà du covoiturage ou du logement chez l’habitant. Les villes de Montpellier et Madrid ont construit des plateformes de territoires incluant des liens avec les citoyens. Madrid se posait notamment la question de l’efficacité de services sous-traités comme le ramassage des poubelles ou l’arrosage public des espaces verts. Des capteurs ont été utilisés pour faire remonter des données réelles et une plateforme permettait aux citoyens de signaler si les poubelles avaient été ramassées ou la pelouse arrosée. Ce système a eu pour conséquence de ne payer que le service réellement fourni et, selon la Ville, le retour sur investissement a été atteint en 18 mois. Quand la Ville de Paris a souhaité interroger les Parisiens sur ce qu’ils attendaient d’une ville intelligente, 240 000 personnes ont participé à la plateforme d’idéation. Cette démarche s’est ensuite poursuivie par une réunion physique. La technologie est nécessaire, mais c’est un complément pour rendre la ville plus intelligente et plus inclusive. Il y a déjà une très forte amélioration de l’inclusivité via le smartphone et la tablette, qui touchent des générations moins habituées à l’ordinateur.

Qu’est-ce que la technologie et les sciences cognitives peuvent apporter ?

  1. S. La technologie permet de garder ou de renforcer le lien entre ceux qui gèrent la ville et ceux qui la vivent. Si l’on veut aller plus loin sur les outils cognitifs, il faut être capable de disposer des moyens pour explorer les données, découvrir les tendances, engager la réflexion et décider. Les chatbots vont servir à mieux connaître les attentes et à aller chercher dans l’open data un meilleur niveau de résolution. La reconnaissance du ton est aussi un moyen pour améliorer la précision de ce qui remonte des citoyens, de le remettre dans le contexte de la personne, d’aller vers une quasi-assistance de la décision et de ne pas se fier uniquement à la majorité. Les sciences cognitives et les algorithmes sont aujourd’hui capables de voir comment une décision se construit. En passant du mode forum à un outil délibératif, on pourra consolider la manière dont se construit une opinion ou une attente.

*ARTICLE PUBLIE DANS LE MONDE LES CLES DE DEMAIN suite à mon interview