Smart Territoire et attractivité

Elements présentés au colloque du MEDEF à Dijon le 6 septembre 2018

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L’attractivité adresse à la fois la capacité à drainer des flux de façon durable mais aussi adresse de façon plus subjective l’attrait, la capacité de séduction pour attirer intelligence et ressources

En 2008 le taux d’habitants dans les villes de la planète basculait à 50 % pour atteindre les 70 % en 2050 pour 6.5 Milliards d’habitants. Comme le disait une étude de la ‘Fabrique de la Cité’ dès 2010 la ville est à la fois ‘une ville solution’ : elle apporte eau, logement, éducation … elle est ‘une ville marque’ : en effectuant des choix pour attirer des talents, des spécialités, un environnement mais elle est aussi aujourd’hui ‘interrogée’ sur la façon de s’être construite. Apparaissent alors les notions de durabilité, de ‘smart’, nécessaires pour garder son attractivité.

La Smart City dans ses définitions autour de la donnée et du ‘mieux vivre et mieux faire’ porte en elle-même la constitution de l’Intelligence du territoire (ou ‘l’Intelligence collective’ comme le dit A Picon) et est depuis son origine considérée comme un ‘accélérateur d’attractivité’.

Dès 2015 le cabinet TACTIS présentait les conclusions de son étude à l’évènement de Smart City de Nice et confirmé que le premier objectif de la création des Smart City était celui de l’attractivité.

Nous regarderons plus tard les différences facettes de cette attractivité à la fois pour les entreprises et les habitants qui s’appuient sur des bénéfices attendus différents et même si les deux s’amplifient mutuellement.

La Smart City est la continuité de la ‘ville connectée’. Après cette phase de ‘connexion’ dans les années 1990/2000 très tournée sur la question des infrastructures, la Smart City consiste finalement à utiliser la puissance de la donnée et à créer les conditions de coopération des acteurs pour innover. Ceci pour optimiser les services urbains et créer de nouveaux usages pour faciliter la vie du quotidien et faciliter son développement économique.

Comme d’ores et déjà 77% de la population Européenne vit dans les villes, il est clair que la création de valeur et de richesse se concentre aujourd’hui dans ces centres urbains, la question est donc de les ‘maintenir’ attractif.

Chaque année les hebdomadaires classent les villes où il fait bon vivre. L’attractivité pour la population ce sont à la fois des ressources ‘objectives’. Ce sont des possibilités de travail, des conditions d’éducation de qualité pour les enfants, une mobilité facile et variée, une qualité de l’air et un environnement agréable, des services au public abondants et riches (associations, crèches, culture, sport …) et des possibilités de logements de qualité à des prix accessibles ou des espaces verts. Et c’est aussi des ressources ‘symboliques’ telles que le rayonnement politique de la ville et de ses élus, sa dernière réalisation architecturale ou son image médiatique.

L’attractivité pour une entreprise c’est de trouver les conditions et les moyens de faire des économies, d’augmenter sa productivité ou d’accéder à de nouveaux marchés tout en disposant d’un vivier de ressources compétentes.

Si l’on regarde dans le détail les ambitions que se donnent les villes intelligentes, elles adressent bien ces sujets.

Prenons des exemples :

Concernant une mobilité facilitée et variée. Singapour vient d’être confirmée en tête du classement 2018 de Juniper des villes les plus intelligentes pour ses décisions en termes de mobilité, 14 Milliards d’investissement en transport en commun et mobilité intelligente et des règles très dures pour ‘figer’ le nombre de voitures dans la ville en échange de la qualité de déplacement et d’une pollution en recul. Londres 3eme de ce classement et qui dès 2003 avait mis un péage urbain en œuvre est aussi récompensée par tous ces aménagements de déplacements intelligents

L’usage des données est aussi fondamental dans le déplacement professionnel.

Nous avons démontré à Lyon avec une plateforme de données de mobilité temps réel et prédictive et en partenariat avec 3 transporteurs de tailles différentes qui travaillaient en coopération avec le centre de pilotage urbain CRITER qu’il était possible de diminuer de 20% le trajet des tournées de transport et d’en diminuer de 12% leur temps. Ceci au travers d’un service de prédiction qui proposait des tracés de tournées alternatives en temps réel et de façon prédictive et qui tenait compte des évènements de circulation. Aujourd’hui les partenariats entre Waze et les collectivités tendent à apporter de façon ouverte et pour tous les publics ce type d’aide

La mise en œuvre de politique volontariste locale d’ouverture des données issues des risques, de la mobilité, des évènements dans la ville et accompagnée par une animation des lieux de création de nouveaux usages avec les Grands groupes et les start up favorisent l’ouverture de nouveaux marchés et des usages qui facilitent la vie des gens…le TUBA à Lyon, Darwin à Bordeaux, le NUMA à Paris.

Dans cette rubrique on trouve beaucoup de travail actuellement sur les usages qui permettraient de dynamiser les centres villes : meilleure connaissance des clients, application de fidélisation pour les boutiques de la ville et non par ‘marque nationale’ (exemple de Saint Germain en Laye), parking intelligents permettant un péage flexible, à distance et une information de sa fin d’autorisation (Indigo à Nogent sur Marne par exemple), les technologies ‘LIFI’ qui permettent de ‘pousser ‘de l’information au passage de personnes qui en ont accepté le fait pour bénéficier de dernières promotions ….

Dans le domaine des économies, on ne peut pas ne pas citer la nature de l’opération de Dijon et de sa plateforme ‘On Dijon’ qui repose sur des gains pour la collectivité sur plusieurs années qui permettront ou de baisser les impôts ou d’amener de nouveaux services et tout cela dans un environnement plus sûr, mieux éclairé et moins consommateur d’énergie.

Ceci me permet pour terminer cette illustration de regrouper ces deux approches qui conduisent au même objectif d’attractivité et de recherche de visibilité pour attirer habitants et entreprises.

Celle de Dijon qui après avoir regardé les différents projets autour d’elle a construit son projet sur une économie très significative de dépenses pour la ville en déléguant une partie de son activité au privé associée à la  création de valeur par la donnée et le tout coordonné par un Hyperviseur de ville amenant transparence et efficacité.

Et celle de Nice ville historiquement ancrée sur le tourisme qui a choisi il y a près de 10 ans de se doter d’un deuxième pilier celui de la ‘sustainable metropolis’.Bien plus qu’une suite de projets (Smart Grid, Hyperviseur de ville, mobilité …) c’est l’ambition de créer un réseau d’entreprises qui s’implantent à Nice sur ce thème aiguillonnée par l’IMREDD institut de recherche de formation qui a développé ses compétences dans le domaine. Dès le début les investissements publics amplifiés par ceux du privé étaient calculés par une augmentation des retours d’impôts et la création d’emplois sur le territoire pour poursuivre son développement.

Ces deux exemples, nous le noterons sont portés par une grande ambition et force politique, sans quoi il ne se passe pas grand-chose dans ces domaines.

Le marketing s’est installé depuis longtemps dans la gestion des grandes Métropoles et villes moyennes pour aider les villes à définir leur identité et leur image. Néanmoins, il existe des conditions pour que cette ambition ne reste pas qu’un ‘message’ mais puisse se transformer en réalité. La Smart City doit être une vraie politique et trajectoire d’actions à long terme qui repose sur des projets réels et le plus possible à l’échelle de la ville et pas cantonné à des expérimentations.

Même si souvent la Direction Smart City est rattachée à la Direction du Développement économique, il est important qu’elle se situe au niveau du DGS ou secrétaire général pour pouvoir peser sur toutes les décisions, pour pouvoir décider comment l’usage de la donnée dans la prochaine consultation va pouvoir influer voire en changer sa nature.

Il faut accélérer l’ouverture des données, sans préjuger de l’usage qui en sera fait et il faut abandonner les projets uniquement d’expérimentation. Certes, il doit y a avoir une phase de calage avant extension, mais les projets doivent être pensé dès leur origine sur l’ensemble du territoire pour qu’ils aient vraiment un effet d’impact mais aussi qu’ils puissent apporter un élément économique intéressant pour les acteurs engagés.

L’attractivité créé et le changement apporté par le mouvement des Smart City c’est le travail coopératif entre Entreprises (grandes et petites), collectivités, instituts de recherche et citoyens et qui représente une valeur ajoutée inédite.

Enfin, ne terminons pas ce tour d’horizon sans se poser la question du risque de passer à une forte attractivité associée à la répulsivité pour des couches de population.

Performance économique, image et réalisations culturelles poussent à attirer les élites, qui sont de grosses consommatrices de services et donc de main d’œuvre de moindre compétence. Se pose alors la question de la coexistence, des logements à prix variés, du positionnement géographique des populations et la nécessité de savoir aussi attirer toutes les couches de population.