Vivatech : les start-ups et les villes

Plus de 2300 start-ups ont exposé leurs dernières innovations à Viva Technology fin mai 2019.

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Elles sont présentes dans tous les domaines de l’industrie (énergie, mobilité, écologie, beauté, télécommunications…) et travaillent souvent sur l’IoT, l’IA, la réalité virtuelle et/ou les plateformes numériques. Qu’elles soient ‘incubées’ par de grands groupes ou accompagnées par les territoires, les start-ups représentent un levier d’innovation très important : « Vivatech » est ainsi devenu un événement hors norme, proche du CES de Las Vegas en nombre de visiteurs.

Pour les grands groupes, elles sont à la fois une preuve de leur investissement dans l’innovation et leur moyen de trouver de nouvelles sources d’idées à l’extérieur pour éviter de se faire ‘disrupter’ par un inconnu émergeant sur leur marché. Elles représentent le futur : les start-ups jouent en effet un rôle important en termes de recherche et de développement. Elles travaillent sur de nouveaux usages et les solutions les plus prometteuses et abouties pourront ensuite être mises à l’échelle par l’entreprise qui les ‘accélère’. Les entreprises, qui ont bien compris les enjeux liés aux start-ups, les ont placées au cœur de leur stratégie.

Mais qu’en est-il des villes ? Les villes en tant que telles n’étaient pas présentes au salon mais les Régions représentaient les territoires, ce qui peut paraitre logique au regard de leur compétence de ‘chef de file’ du développement économique. Néanmoins  leur absence, qui pourrait laisser penser qu’elles laissent le soin aux entreprises d’innover pour leur compte, est à nuancer. Les Métropoles et grandes villes sont très engagées dans l’aide au développement des écosystèmes d’innovation. Les villes s’appuient sur les nouvelles solutions apportées par les entreprises mais sont aussi très actives elles-mêmes en tirant parti des start-ups de leur territoire.

Il existe en effet de nombreux lieux d’innovation dans les villes sur le territoire français et à l’étranger. Ces lieux sont soutenus par les villes, même si elles n’en sont pas toujours à l’origine. De tels espaces sont des lieux d’expérimentations et d’innovations autour des habitudes de la vie quotidienne, de la gestion des ressources rares, la vie citoyenne, la consommation et tous les sujets qui peuvent être réinventés grâce aux nouvelles technologies.

Quelques-uns de ces lieux sont remarquables comme par exemple la zone Darwin de Bordeaux ou les ‘TUBA’ (Tubes A Expérimentation Urbaine) à Mulhouse et à Lyon. Des projets sont en cours de déploiement, comme à la Cartoucherie de Toulouse, qui se transformera en éco-quartier d’ici 2020. A l’étranger également, en Europe (Berlin, Copenhague pour ne citer qu’elles) et dans le reste du monde, la tendance est la même. Ainsi la ville de San Francisco a développé un programme, l’Office of Civic Innovation, pour réinventer la ville et son modèle économique. La ville travaille avec les start-ups, les citoyens et les grandes entreprises sur des projets ayant pour but d’améliorer la qualité de la vie des habitants et de digitaliser leur écosystème. 

Le projet Darwin à Bordeaux

Darwin se définit comme « un terrain de jeu grandeur nature de l’innovation ». En effet, dans ce quartier bordelais très visité, start-ups et citoyens collaborent pour créer un quartier tourné vers l’économie verte. Cet écosystème est vaste : une zone est mise à disposition pour les grapheurs, des espaces de co-working peuvent être utilisés par des freelances, des éléments aussi divers qu’une épicerie bio, un restaurant, un gigantesque skate-park et une ferme urbaine s’y côtoient. De nombreux projets deviennent ici des start-ups qui sont incubées par Le ‘Campement’, un organisme soutenu par la ville de Bordeaux et la Région Nouvelle-Aquitaine. Les start-ups réfléchissent à des modèles économiques plus responsables, sociaux et solidaires. Pour y être incubées, elles doivent vouloir développer un projet à forte dimension sociale et environnementale. Elles doivent également être capables de créer des emplois et d’attirer des compétences à Bordeaux.

Le Tube A Expérimentation Urbaine (TUBA) à Mulhouse et Lyon

Mulhouse et Lyon ont leur TUBA, dont le but est de mettre en contact des entrepreneurs, des citoyens et des grandes entreprises. A Lyon, origine du concept, le projet est mené par l’association Lyon Urban Data et a pour but de « favoriser l’innovation, l’incubation et le développement de services urbains s’appuyant sur les données numériques privées et publiques ». Tous les acteurs de la ville se réunissent ici pour concevoir des solutions innovantes dont le but est d’améliorer la vie en milieu urbain. Le TUBA de Mulhouse, plus récent, a sensiblement le même fonctionnement et partage les mêmes objectifs. Il compte parmi ses partenaires de grandes entreprises comme Veolia, EDF, Enedis, GRDF ou le Groupe La Poste. Là encore, les villes de Mulhouse et de Lyon soutiennent leurs centres respectifs. Ces espaces sont bien intégrés dans le paysage local, ayant des accords avec les universités, écoles et associations locales, les villes et les entreprises. Les équipes qui font vivre ces écosystèmes réfléchissent autour des grands thèmes de la ville : mobilités, tourisme, énergies, économies circulaires, circuits courts, services numériques, innovation sociale… Tous les thèmes sont sujets à expérimentation.

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Plus récemment Dijon, qui a inauguré en avril ‘ON DIJON’, l’a automatiquement lié à une zone d’innovation urbaine irriguée par les entreprises qui souhaitent lancer des expérimentations.

Les villes ont donc lancé des initiatives et des constructions pour favoriser l’écosystème des start-ups : elles ont acquis, grâce aux start-ups, des pôles externalisés de Recherche et de Développement, au même titre que les grandes entreprises qui les développent en interne.

Et si les villes ne les ont pas affichées au salon Viva Technology, c’est parce que les start-ups sont indépendantes, les villes n’intervenant que dans un rôle de soutien et d’accompagnement. Mais si le succès de cette stratégie est indéniable, il reste que ces expérimentations font face aux mêmes problématiques que les start-ups : comment développer les projets à grande échelle ? Comment faire en sorte, que d’un quartier, le mode de vie inventé dans ces espaces soit diffusé à l’échelle d’une grande ville? Et ce n’est pas la seule question que pose cette stratégie. Si les start-ups représentent ce rôle externalisé de recherche et de développement pour les villes, celles-ci apparaissent aujourd’hui aussi très dépendantes de ces acteurs privés, alors même qu’elles doivent rester des tiers de confiance. Comment les villes peuvent-elles participer à la course à l’innovation technologique au service du secteur public tout en restant le tiers de confiance, et sans ralentir les écosystèmes qui se créent aujourd’hui autour d’elles ?

Article co-écrit avec Guillaume Bérard