Comment tirer de la valeur de la donnée dans les villes

Ce début d’année j’ai eu l’opportunité de participer à un atelier de travail organisé par le CGET – Commissariat général à l’égalité des territoires – sur la donnée et comment en tirer profit à l’usage des habitants. Étaient présents des offreurs de solutions et d’outils pour traiter les données comme IBM, GFI et GRDF, la ville du Havre appuyée par Chronos, le Ministère et les étudiants de l’Université du Havre Master Urbanisme qui avaient travaillé sur cette question.

 

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La première question est bien sur celle des données : ou sont-elles ? d’où viennent-elles ? et comment pouvoir en disposer ? La ville doit regarder de quelle manière elle peut bénéficier des données privées présentes sur son territoire. Par exemple Lille a négocié avec Waze pour enrichir son référentiel de données de mobilité. Se posent alors les questions de médiation, de gouvernance, d’engagement et de règles de partage

La deuxième notion directement liée à cette origine des données est celle de la transparence qui est à la fois un catalyseur de l’utilisation des données et un gage d’ouverture. Plus personne ne remet en cause aujourd’hui l’Open Data qui d’ailleurs est inscrite dans la loi, enjeu identifié dès 2012 par Montpellier avec IBM et Rennes avec Dassault systèmes et mis en avant par les premières récompenses Big Data attribuées par l’Etat. Selon le dernier rapport de l’OCDE sur le sujet publié le 11 mars 2020, la France est en 2eme position en Europe pour la facilité d’accès, la disponibilité des données et les efforts de l’état sur le sujet. http://www.oecd.org/gov/digital-government/ourdata-index-policy-paper-2020.pdf#page=21&zoom=100,84,285

Moyen de partage, moyen de transparence, visibilité des actions de la ville et opportunités pour créer de nouveaux usages pour ceux qui vont s’emparer de ces données, l’enjeu est immense.

La troisième question qui apparait dans les discussions avec les collectivités concerne les couts liés à la captation, au traitement et au stockage de ces données amenant à la question de la valorisation ou monétisation. Rappelons que la notion d’Open Data ne signifie pas automatiques ‘Free data’ et par ailleurs les couts associés pourraient aussi être considérés comme un service supplémentaire apporté aux administrés.

Enfin, le dernier point est celui de l’interopérabilité des données ou de leur normalisation pour pouvoir disposer d’outils standardisés et partagés et donc moins chers de traitements

En regardant les réalisations françaises on constate des situations diverses. Nice a fait le choix de créer un entrepôt de données et de se positionner en ‘opérateur de télécommunication’ pouvant capter ainsi l’information au plus près de sa production. D’autres comme Lyon on construit en ‘open source’ leur plateforme de données réceptacle de toutes les données avant leur exposition en Open Data.

Ensuite, ces données n’auront de valeur que si elles sont utilisées et associées à des dispositifs de création d’usages apportant de la valeur aux habitants.

Les ‘Living lab’ comme le TUBA à Lyon (historiquement le NUMA à Paris), ou d’autres dispositifs sont nécessaires pour engager les expériences, apprendre la gouvernance et préparer le passage à l’échelle qui reste souvent la question la plus critique.

Enfin le dernière enjeu, qui doit surpasser les questions précédentes est celui du bien fondé d’utiliser de la donnée à des fins de durabilité

La ville notion de ville ‘intelligente’ s’est transformée en ville ‘plus durable’ pour répondre au défi de la transition climatique comprise et acceptée par tous.

Il faut donc dans cet esprit, capter de la donnée pour pouvoir traiter au plus juste : économie d’éclairage public par des capteurs tel qu’a Dijon, pilotage des fournisseurs sur le ramassage des déchets ou l’arrosage des parcs à Madrid par le projet MINBT d’IBM, meilleure coordination des actions et des travaux dans la ville pour réduire les dispersions et faire une seule fois à Katowice avec IBM

La responsable du numérique du Havre a conclu en démontrant la difficulté de marier l’innovation autour de la donnée dans un territoire mêlant urbain et rural mais surtout d’enraciner les transformations qu’elle apporte dans le système d’informations de la ville qui lui-même a ses chantiers, ses évolutions pour répondre à la modernisation des service publics. C’est le pragmatisme qui a prévalu avec un axe fort d’innovation autour du port et ensuite de tout ce qui amenait très vite du sens et de la valeur au plus près des usagers.

 

En conclusion de ces échanges nous avons partagé et admis le fait qu’évoluer vers une ville durable nécessite par définition la collecte, la compréhension la donnée, et sa collecte afin de rester frugal.

Que cette donnée, travaillée et utilisée par des dispositifs de création supportés par la ville amène de l’intelligence pour des usages pratiques à construire et valider avec les habitants dans un modèle d’itérations, d’agilité et de MVP (minimum product value)

La ville doit alors se doter d’un appui par une ‘factory numérique’ capable de créer au fur et à mesure les usages demandées et en rapport des attentes des habitants

La ville intelligente sou plus durable est l’aboutissement d’une approche à 3 entrées possible 1/ par l’Open data et ses nouveaux usages 2/ par la digitalisation de politiques sectorielles Énergie, Mobilité, Sécurité … ou par l’approche de création d’un hyperviseur permettant une vision globale comme fait ou engager à Angers, Dijon, Nice, Madrid, Katowice, Atlanta …