‘Smart City’ rejeté au profit de ‘Territoire responsable et plus durable’

Depuis plus de 10 ans les villes et leurs responsables ont pris conscience du rôle particulier qu’elles jouaient dans l’économie de leurs pays. Représentant 80% du PIB en France les Métropoles sont devenues des terres d’enjeux politiques importants pour les choix de société du pays. Dans le monde, avec près de 70 % de la population qui devient urbaine, avec une démographie qui s’est emballée ces 50 dernières années, avec la responsabilité de 70 % des émissions de CO2 alors qu’elles ne couvrent que 2 % de la surface des territoires, les villes ont cherché à résoudre l’équation impossible de donner une meilleure qualité de vie à une population toujours plus grande et avec un développement contrôlé et plus durable.

Au début des année 2010 l’aube de la révolution numérique avec le ‘Big Data’, les premiers pas du ‘Cloud’ et l’adoption du smartphone avec ses applications a permis d’imaginer que le numérique aller permettre d’aider les villes à mieux résoudre cette équation impossible. Le concept de Smart City est alors apparu, porté par les grands industriels des technologies. La première phase de développement s’est structurée autour des notions de plateformes numériques, de solutions uniques applicables à tous et de mise en avant de la technologie comme ‘solution’ à tous les problèmes.

Les détracteurs se sont très vites emparés des travers d’une telle approche et des villes qui ont servi de repoussoir du concept comme ‘Songdo’ ou ‘Masdar’ pour démontrer les risques d’une telle approche en faisant resurgir de l’histoire les craintes futuristes que Georges Orwell avait dépeintes dans ‘1984’

Bien évidemment, rien n’est aussi simple.

La décennie qui vient de s’écouler à démontrer l’importance de la donnée aussi bien pour les villes que pour les individus ou les organisations. La Smart City a apporté avec le numérique des solutions pour dépenser moins d’énergie (mesures, contrôles, réaction), mieux éclairer les rues au bon moment (réductions de 60 % de la consommation à Dijon avec ON Dijon), réduire et optimiser les cycles de ramassage de déchets par une meilleure connaissance du bon moment pour le faire et de la bonne route à suivre pour ne pas prendre que ces quelques exemples. La mobilité a bénéficié de ces développements avec par exemple l’application ‘Waze’ utilisée par plus de 14 Millions de français ou les choix de déplacement multimodes aidées par une application comme celle que vient d’annoncer la RATP ou que propose Ile de France Mobilités pour les franciliens. Il ne sera pas non plus possible d’atteindre les niveaux fixés par l’Europe sur le taux d’énergie renouvelable dans nos réseaux électriques sans le pilotage par le numérique, l’intelligence artificielle et la ‘Blockchain’ pour gérer les flux entrants et de compensation à l’équilibrage du réseau (plateformes Tennet d’IBM en Hollande et  FLEX à Copenhague gérant l’effacement énergétiques des bâtiments publics).

Mais comme dans toutes mises en œuvre de processus, il y a un calcul d’externalité négative qui est nécessaire, et celui-ci apparait avec le poids en CO² du numérique, sur des décisions parfois prises sans consultation ou co-création avec la population et avec un objectif unique de performance du processus aux détriments d’autres connexes.

La France a lancé en 2019 et 2020 deux grands projets de ‘Smart City’ à Dijon et Angers en s’appuyant sur tous les éléments positifs que j’ai rappelés de façon rapide et incomplet. Les élections de 2020 ont amené un questionnement par les nouveaux élus sur jusqu’où il fallait pousser ces déploiements au lieu de revenir à des approches plus communautaires et frugales de ‘Zéro déchet’ ‘zéro énergie’ … et avec moins de technologie, voire en se questionnant sur les nouvelles avancées comme la ‘5G’.

Comme souvent le bienfondé est dans un juste équilibre piloté par ceux qui sont concernés : les habitants avec leurs élus.

Le numérique est indéniablement un outil nécessaire pour progresser sur les sujets de durabilité. Il ne peut y avoir de solution plus durable sans un apport de technologie pour le permettre. Il est alors important de mesurer son cout par rapport à ce qu’il va apporter. Au-delà nous devons entrer dans une logique de ‘numérique responsable’, qui consiste à développer des solutions de façon inclusive et à un niveau du juste besoin en ‘données’ ou en niveau de codage. Enfin, les mouvements que tous les opérateurs d’informatique font vers le Zéro carbone mais aussi le fait que leurs centres de traitement soient alimentés par 100 % d’énergie renouvelable 24h/24 7j/7 est aussi un gage que nous allons vers la bonne direction

La Smart City dans son concept originel n’est plus. Nous nous dirigeons vers un numérique pour les territoires qui doit être ‘inclusif et responsable’ et qui permettent aux collectivités d’améliorer leurs services et apporter un mieux vivre pour une population plus nombreuse avec des objectifs de durabilité et dans une vision d’un futur ensemble plus convivial et socialement acceptable.