Comment tirer de la valeur de la donnée dans les villes

Ce début d’année j’ai eu l’opportunité de participer à un atelier de travail organisé par le CGET – Commissariat général à l’égalité des territoires – sur la donnée et comment en tirer profit à l’usage des habitants. Étaient présents des offreurs de solutions et d’outils pour traiter les données comme IBM, GFI et GRDF, la ville du Havre appuyée par Chronos, le Ministère et les étudiants de l’Université du Havre Master Urbanisme qui avaient travaillé sur cette question.

 

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La première question est bien sur celle des données : ou sont-elles ? d’où viennent-elles ? et comment pouvoir en disposer ? La ville doit regarder de quelle manière elle peut bénéficier des données privées présentes sur son territoire. Par exemple Lille a négocié avec Waze pour enrichir son référentiel de données de mobilité. Se posent alors les questions de médiation, de gouvernance, d’engagement et de règles de partage

La deuxième notion directement liée à cette origine des données est celle de la transparence qui est à la fois un catalyseur de l’utilisation des données et un gage d’ouverture. Plus personne ne remet en cause aujourd’hui l’Open Data qui d’ailleurs est inscrite dans la loi, enjeu identifié dès 2012 par Montpellier avec IBM et Rennes avec Dassault systèmes et mis en avant par les premières récompenses Big Data attribuées par l’Etat. Selon le dernier rapport de l’OCDE sur le sujet publié le 11 mars 2020, la France est en 2eme position en Europe pour la facilité d’accès, la disponibilité des données et les efforts de l’état sur le sujet. http://www.oecd.org/gov/digital-government/ourdata-index-policy-paper-2020.pdf#page=21&zoom=100,84,285

Moyen de partage, moyen de transparence, visibilité des actions de la ville et opportunités pour créer de nouveaux usages pour ceux qui vont s’emparer de ces données, l’enjeu est immense.

La troisième question qui apparait dans les discussions avec les collectivités concerne les couts liés à la captation, au traitement et au stockage de ces données amenant à la question de la valorisation ou monétisation. Rappelons que la notion d’Open Data ne signifie pas automatiques ‘Free data’ et par ailleurs les couts associés pourraient aussi être considérés comme un service supplémentaire apporté aux administrés.

Enfin, le dernier point est celui de l’interopérabilité des données ou de leur normalisation pour pouvoir disposer d’outils standardisés et partagés et donc moins chers de traitements

En regardant les réalisations françaises on constate des situations diverses. Nice a fait le choix de créer un entrepôt de données et de se positionner en ‘opérateur de télécommunication’ pouvant capter ainsi l’information au plus près de sa production. D’autres comme Lyon on construit en ‘open source’ leur plateforme de données réceptacle de toutes les données avant leur exposition en Open Data.

Ensuite, ces données n’auront de valeur que si elles sont utilisées et associées à des dispositifs de création d’usages apportant de la valeur aux habitants.

Les ‘Living lab’ comme le TUBA à Lyon (historiquement le NUMA à Paris), ou d’autres dispositifs sont nécessaires pour engager les expériences, apprendre la gouvernance et préparer le passage à l’échelle qui reste souvent la question la plus critique.

Enfin le dernière enjeu, qui doit surpasser les questions précédentes est celui du bien fondé d’utiliser de la donnée à des fins de durabilité

La ville notion de ville ‘intelligente’ s’est transformée en ville ‘plus durable’ pour répondre au défi de la transition climatique comprise et acceptée par tous.

Il faut donc dans cet esprit, capter de la donnée pour pouvoir traiter au plus juste : économie d’éclairage public par des capteurs tel qu’a Dijon, pilotage des fournisseurs sur le ramassage des déchets ou l’arrosage des parcs à Madrid par le projet MINBT d’IBM, meilleure coordination des actions et des travaux dans la ville pour réduire les dispersions et faire une seule fois à Katowice avec IBM

La responsable du numérique du Havre a conclu en démontrant la difficulté de marier l’innovation autour de la donnée dans un territoire mêlant urbain et rural mais surtout d’enraciner les transformations qu’elle apporte dans le système d’informations de la ville qui lui-même a ses chantiers, ses évolutions pour répondre à la modernisation des service publics. C’est le pragmatisme qui a prévalu avec un axe fort d’innovation autour du port et ensuite de tout ce qui amenait très vite du sens et de la valeur au plus près des usagers.

 

En conclusion de ces échanges nous avons partagé et admis le fait qu’évoluer vers une ville durable nécessite par définition la collecte, la compréhension la donnée, et sa collecte afin de rester frugal.

Que cette donnée, travaillée et utilisée par des dispositifs de création supportés par la ville amène de l’intelligence pour des usages pratiques à construire et valider avec les habitants dans un modèle d’itérations, d’agilité et de MVP (minimum product value)

La ville doit alors se doter d’un appui par une ‘factory numérique’ capable de créer au fur et à mesure les usages demandées et en rapport des attentes des habitants

La ville intelligente sou plus durable est l’aboutissement d’une approche à 3 entrées possible 1/ par l’Open data et ses nouveaux usages 2/ par la digitalisation de politiques sectorielles Énergie, Mobilité, Sécurité … ou par l’approche de création d’un hyperviseur permettant une vision globale comme fait ou engager à Angers, Dijon, Nice, Madrid, Katowice, Atlanta …

Angers, nouvelle étape Smart City

Depuis 10 ans les projets smart City se déploient dans les territoires en France et dans le monde ; la France avec l’annonce du projet d’Angers et après celui de Dijon a-t-elle trouvé un modèle spécifique ?

Des simples expériences aux projets les plus complexes, l’ambition reste la même : améliorer la vie des habitants en changeant certains usages et en apportant de nouveaux services, optimiser la production des services aux habitants et limiter les dépenses inutiles.

À cela se sont superposés d’autres objectifs : développer l’attractivité du territoire, sûrement l’un des tout premiers objectifs pour les villes françaises et plus récemment sécuriser un développement plus durable, voire une utilisation frugale des ressources rares tout en associant de plus en plus les citoyens aux choix et décisions qui les impactent.

On sait que la donnée et les solutions numériques sont au cœur de ces nouvelles possibilités. Pour se situer (informations géospatiales par exemple), pour mieux savoir et comprendre (information multimodale, information de consommation, information de capteurs, identification d’un modèle et prédiction de comportement…), pour disposer de choix d’actions (proposition d’alternatives de déplacements, co-voiturage, AirbnB …) d’opportunités (informations de tout ordre, offres, stocks, réductions…), pour détecter les anomalies (capteurs de bruits, de pression, de vibrations …), pour informer les décideurs (collection d’informations, tableaux de synthèse, dashboard de services ou de villes …), pour les corréler et apprendre de nouvelles informations.

Angers représente un composé de tous ces objectifs, comme est en train de le réaliser Dijon en France et comme l’avait fait Nice dès 2014 avec IBM en étant la première ville de France à positionner un Hyperviseur pour analyser le Traffic, la pollution et développer de multiples applications autour du monitoring urbain.

L’approche française semble se distinguer par 5 éléments constitutifs spécifiques.

1 => Un projet à l’échelle sur une ville intégrant différents ‘vertical’ et la transformation de leur exploitation sur plus de 10 ans en intégrant de nouvelles technologies et de l’intelligence pour réduire le budget de fonctionnement. Les principaux services qui semblent constituer le socle de ces projets sont l’éclairage public et la gestion de l’énergie dans les bâtiments publics apportant tous les deux des économies, de plus de 60 % pour le premier et entre 20 et 30 % pour le second (objectifs définis à Angers). Ensuite la gestion de l’eau, qui permet d’augmenter le rendement et donc de produire moins d’eau potable pour la même quantité d’eau distribuée et de réduire les fuites (objectifs de 30 % d’amélioration à Angers portés par Suez, à Lyon le projet HUBLOT avec Veolia permettait de réagir à toute fuite en 72h). Enfin, la gestion des feux tricolores en intégrant plus de capteurs permettant de mieux intégrer la réalité du trafic en temps réel et optionnellement la gestion des parkings et des amendes pour dépassements de temps qui apportent des gains. C’est le ‘corps’ du projet qui justifie le projet par ses gains de fonctionnement

2 => Le choix d’un consortium d’opérateurs métiers, épaulés par un opérateur numérique, et avec une exécution locale créant des emplois. A Montpellier nous avions travaillé avec Veolia, Predict, Transdev, Synox ..), à Dijon le consortium est porté par Bouygues, Citelum, Suez, Cap; à Angers par ENGIE, La Poste et Suez.

3 => La mise en place d’un hyperviseur de la ville regroupant les données utiles au-dessus des centres de gestion par métiers pour en tirer de nouvelles informations, ouvrir la donnée publique, créer de nouveau usages avec l’objectif principal de ‘rendre service’ à la population.

4 => La mise en œuvre dans le territoire d’activités d’innovation, de recherche et d’enseignement autour des thèmes portés par le projet associé à des starts up.

5 => Une mise en œuvre de concertation citoyenne pour affiner les nouveaux services plébiscités par la population en réservant un budget identifié pour ces travaux afin que le projet ne soit pas vécu comme une décision des élus imposée à la population, et qu’il puisse évoluer dans le temps avec les besoins.

Ces 5 caractéristiques permettent de répondre aux objectifs majeurs d’économie, de modernisation, de meilleure réponse aux besoins des habitants et de développement économique du territoire qui se dote d’un projet et d’une vision à long terme dans le cadre d’un développement plus durable et frugal de la ville.

Vivatech : les start-ups et les villes

Plus de 2300 start-ups ont exposé leurs dernières innovations à Viva Technology fin mai 2019.

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Elles sont présentes dans tous les domaines de l’industrie (énergie, mobilité, écologie, beauté, télécommunications…) et travaillent souvent sur l’IoT, l’IA, la réalité virtuelle et/ou les plateformes numériques. Qu’elles soient ‘incubées’ par de grands groupes ou accompagnées par les territoires, les start-ups représentent un levier d’innovation très important : « Vivatech » est ainsi devenu un événement hors norme, proche du CES de Las Vegas en nombre de visiteurs.

Pour les grands groupes, elles sont à la fois une preuve de leur investissement dans l’innovation et leur moyen de trouver de nouvelles sources d’idées à l’extérieur pour éviter de se faire ‘disrupter’ par un inconnu émergeant sur leur marché. Elles représentent le futur : les start-ups jouent en effet un rôle important en termes de recherche et de développement. Elles travaillent sur de nouveaux usages et les solutions les plus prometteuses et abouties pourront ensuite être mises à l’échelle par l’entreprise qui les ‘accélère’. Les entreprises, qui ont bien compris les enjeux liés aux start-ups, les ont placées au cœur de leur stratégie.

Mais qu’en est-il des villes ? Les villes en tant que telles n’étaient pas présentes au salon mais les Régions représentaient les territoires, ce qui peut paraitre logique au regard de leur compétence de ‘chef de file’ du développement économique. Néanmoins  leur absence, qui pourrait laisser penser qu’elles laissent le soin aux entreprises d’innover pour leur compte, est à nuancer. Les Métropoles et grandes villes sont très engagées dans l’aide au développement des écosystèmes d’innovation. Les villes s’appuient sur les nouvelles solutions apportées par les entreprises mais sont aussi très actives elles-mêmes en tirant parti des start-ups de leur territoire.

Il existe en effet de nombreux lieux d’innovation dans les villes sur le territoire français et à l’étranger. Ces lieux sont soutenus par les villes, même si elles n’en sont pas toujours à l’origine. De tels espaces sont des lieux d’expérimentations et d’innovations autour des habitudes de la vie quotidienne, de la gestion des ressources rares, la vie citoyenne, la consommation et tous les sujets qui peuvent être réinventés grâce aux nouvelles technologies.

Quelques-uns de ces lieux sont remarquables comme par exemple la zone Darwin de Bordeaux ou les ‘TUBA’ (Tubes A Expérimentation Urbaine) à Mulhouse et à Lyon. Des projets sont en cours de déploiement, comme à la Cartoucherie de Toulouse, qui se transformera en éco-quartier d’ici 2020. A l’étranger également, en Europe (Berlin, Copenhague pour ne citer qu’elles) et dans le reste du monde, la tendance est la même. Ainsi la ville de San Francisco a développé un programme, l’Office of Civic Innovation, pour réinventer la ville et son modèle économique. La ville travaille avec les start-ups, les citoyens et les grandes entreprises sur des projets ayant pour but d’améliorer la qualité de la vie des habitants et de digitaliser leur écosystème. 

Le projet Darwin à Bordeaux

Darwin se définit comme « un terrain de jeu grandeur nature de l’innovation ». En effet, dans ce quartier bordelais très visité, start-ups et citoyens collaborent pour créer un quartier tourné vers l’économie verte. Cet écosystème est vaste : une zone est mise à disposition pour les grapheurs, des espaces de co-working peuvent être utilisés par des freelances, des éléments aussi divers qu’une épicerie bio, un restaurant, un gigantesque skate-park et une ferme urbaine s’y côtoient. De nombreux projets deviennent ici des start-ups qui sont incubées par Le ‘Campement’, un organisme soutenu par la ville de Bordeaux et la Région Nouvelle-Aquitaine. Les start-ups réfléchissent à des modèles économiques plus responsables, sociaux et solidaires. Pour y être incubées, elles doivent vouloir développer un projet à forte dimension sociale et environnementale. Elles doivent également être capables de créer des emplois et d’attirer des compétences à Bordeaux.

Le Tube A Expérimentation Urbaine (TUBA) à Mulhouse et Lyon

Mulhouse et Lyon ont leur TUBA, dont le but est de mettre en contact des entrepreneurs, des citoyens et des grandes entreprises. A Lyon, origine du concept, le projet est mené par l’association Lyon Urban Data et a pour but de « favoriser l’innovation, l’incubation et le développement de services urbains s’appuyant sur les données numériques privées et publiques ». Tous les acteurs de la ville se réunissent ici pour concevoir des solutions innovantes dont le but est d’améliorer la vie en milieu urbain. Le TUBA de Mulhouse, plus récent, a sensiblement le même fonctionnement et partage les mêmes objectifs. Il compte parmi ses partenaires de grandes entreprises comme Veolia, EDF, Enedis, GRDF ou le Groupe La Poste. Là encore, les villes de Mulhouse et de Lyon soutiennent leurs centres respectifs. Ces espaces sont bien intégrés dans le paysage local, ayant des accords avec les universités, écoles et associations locales, les villes et les entreprises. Les équipes qui font vivre ces écosystèmes réfléchissent autour des grands thèmes de la ville : mobilités, tourisme, énergies, économies circulaires, circuits courts, services numériques, innovation sociale… Tous les thèmes sont sujets à expérimentation.

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Plus récemment Dijon, qui a inauguré en avril ‘ON DIJON’, l’a automatiquement lié à une zone d’innovation urbaine irriguée par les entreprises qui souhaitent lancer des expérimentations.

Les villes ont donc lancé des initiatives et des constructions pour favoriser l’écosystème des start-ups : elles ont acquis, grâce aux start-ups, des pôles externalisés de Recherche et de Développement, au même titre que les grandes entreprises qui les développent en interne.

Et si les villes ne les ont pas affichées au salon Viva Technology, c’est parce que les start-ups sont indépendantes, les villes n’intervenant que dans un rôle de soutien et d’accompagnement. Mais si le succès de cette stratégie est indéniable, il reste que ces expérimentations font face aux mêmes problématiques que les start-ups : comment développer les projets à grande échelle ? Comment faire en sorte, que d’un quartier, le mode de vie inventé dans ces espaces soit diffusé à l’échelle d’une grande ville? Et ce n’est pas la seule question que pose cette stratégie. Si les start-ups représentent ce rôle externalisé de recherche et de développement pour les villes, celles-ci apparaissent aujourd’hui aussi très dépendantes de ces acteurs privés, alors même qu’elles doivent rester des tiers de confiance. Comment les villes peuvent-elles participer à la course à l’innovation technologique au service du secteur public tout en restant le tiers de confiance, et sans ralentir les écosystèmes qui se créent aujourd’hui autour d’elles ?

Article co-écrit avec Guillaume Bérard

2019 année des plateformes SmartCity en France

Comme le dit Erik Orsenna dans son livre ‘Désir de villes’ : ’la bonne santé, la nôtre comme celle de toute ville, repose sur le pouvoir de rassembler et de traiter un nombre presque infini de données ( ) La condition de l’intelligence, au sens de la ville ‘intelligente’, c’est le refus du déni’

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Collecter, filtrer, valider, rassembler, analyser, corréler les données issues des capteurs, des habitants ou d’acteurs externes, comme ceux proposant des données météorologiques ou des informations ‘non structurées’ issues d’internet (par exemple) constituent la base de ‘ce refus de déni’ pour comprendre ‘les fonctionnements’ des ‘systèmes’ de la ville, et l’environnement et l’avis des habitants qui y vivent.

Mettre en place de tels systèmes, qu’ils soient partiels, locaux, verticaux structurent la démarche Smart City : système de gestion de l’eau intelligente (Waternamics chez Veolia ou Aquadvanced chez Suez), système de pilotage agile de la sécurité des personnes (plateforme Opencity développée par Ineo sur base de technologies IBM), Smart Grids (tels qu’ENEDIS les teste dans de nombreux territoires) mais aussi simple application de signalement (comme Neocity ouTellmycity ….) permettant de relier habitant et gestionnaire de la collectivité.

IBM a mis en place entre 2010 et 2018 près d’une quinzaine de plateformes (Hyperviseurs), générales comme à Pleasant, Madrid ou Katovice ou spécialisées comme dans le New Jersey, à Atlanta ou à Davao mais le mouvement n’avait pas pénétré la France à l’exception des projets de Recherche et Développement déployés entre 2013 et 2016 à Montpellier, Nice ou Perpignan.

En 2018 en France, l’agglomération de Dijon et une communauté de communes le Haut Val d’Alzette se sont engagés dans cette recherche du ‘graal’ de la Smart City et 2019 verra à la fois la décision d’une solution de plateforme numérique à Angers et l’inauguration de ‘On Dijon’.

Dijon et ses 24 communes a choisi un ‘CREM’ de la conception à l’exploitation sur 12 ans pour un budget de 105 Millions dont 53 Millions d’investissements après 18 mois de dialogue compétitif.

L’objectif est de déployer le poste de pilotage unique de l’agglomération, regroupant près de 6 centres actuels (sécurité, transports, feu, PC neige, allo mairie, gestion de l’éclairage …).Mais le cœur du projet est bâti autour d’un contrat de performance énergétique de l’éclairage public avec un engagement de réduction de 65%, économie nécessaire et porteuse d’une partie des innovations.

Au-delà, le projet s’intègre dans une politique lancée avant ce projet pour faire de Dijon l’une des villes de France les plus attractives (l’agglomération revendique près de 1 Milliards d’investissements depuis 15 ans) au cœur d’un triangle Paris – Strasbourg – Lyon et permet d’accélérer une dynamique avec l’ouverture des données du territoire à l’écosystème d’acteurs publics et privés qui ne cesse de s’enrichir attirés par le projet de Smart City.

Le projet du Haut Val d’Alzette s’inscrit lui dans un développement territorial piloté par un EPA et la communauté de communes et dans le cadre de la dynamique d’un secteur géographique plus large à coté du Luxembourg. Ce territoire à la recherche d’une nouvelle image (après des décennies de sidérurgie) s’est inscrit dès 2009 dans des programmes d’innovation en étant distingué par le label Eco-cité et en ouvrant à ce moment-là un ‘living lab de la ville’. Aujourd’hui il a signé un partenariat d’innovation pour déployer l’hyperviseur du territoire et mettre à disposition des acteurs économiques les données d’usage à l’horizon du 4eme trimestre 2020 et offrir ainsi de nouveaux services aux citoyens (projet du type de Montpellier Smart City)

Enfin, dans les mois qui viennent Angers décidera de son projet de regroupement d’activités avec l’installation d’un hyperviseur pour piloter la ville, puis les communes de l’agglomération.

Trois projets, qui ne sont pas ceux d’une des 14 Métropoles françaises. Les élus de ces villes ont décidé de dépasser la logique des projets d’innovation par thématique qui portent une trajectoire de Smart City en accélérant la mise en place d’un hyperviseur de pilotage global, et d’y associéer : ouverture des données, relation directe avec les citoyens, création de nouveaux services numériques aux habitants et mise à disposition du terrritoire pour innover : LivingLab, Fablab et nouvelles structures d’enseignement et de recherche favorisant un terreau de starts up.

Smart City – 10 idées pour 2019

En ce début de 2019, les bilans 2018 et les perspectives de 2019 se bousculent.

Quelles technologies vont se déployer ou émerger dans l’année, quelles leçons tirer de ces 12 mois, quels usages ont commencé à changer nos vies, quelles entreprises émergent ou ‘explosent’ sans qu’une telle évolution ait pu être anticipée.

Et pour les villes intelligentes ? Aurons-nous une cuvée 2019 qui changera le paradigme ? Qui permettra de passer à l’échelle ? 

Quels sont les 10 fondements et leviers des projets de Ville intelligente en 2019

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1/ Les villes doivent s’adapter à nos nouveaux modes de vie : partage, engagement citoyen, utilisation permanente d’internet et des réseaux sociaux et majoritairement en utilisation mobile, télétravail, formation permanente en ‘MOOC’, volonté de consommer mieux et de produire moins de déchets et de CO² et une partie de la population qui se sent délaissée par la mondialisation et la métropolisation

2/ Le développement de nouveaux services numériques va se poursuivre et s’amplifier : multi-modalité, billettique unique, application de signalements, application pour appuyer le commerce de centre-ville, applications pour optimiser l’énergie ou partager ses capacités de stockage électrique, applications supportant les circuits courts d’approvisionnements, guichet unique, formalités administratives dématérialisées.

3/ Les habitants réclament d’être les acteurs de leur ville : applications de sondages, applications de concertation, applications de Co création et de discussions pendant les phases de projet…Les Civitech qui existent depuis plusieurs années, devraient trouver un nouveau souffle dans le contexte actuel en appui de la reconquête de la démocratie locale et de proximité.

4/ La ville doit être ‘plus facile’ : se déplacer avec le moyen de son choix – facile à trouver, partager et en connexion directe -, information permanente et à tout moment, information ‘poussée’ dans les domaines qui nous intéressent, alertes sur les risques ou les informations à ‘savoir’, partage facile des savoirs et échange favorisé dans des lieux adaptés Fablab – Datalab, les services de la collectivités doivent d’adapter à nos demandes et pas le contraire.

5/ La collectivité doit inclure le numérique et l’innovation permanente dans ses nouveaux services

6/ Les élus et les entreprises qui travaillent avec les collectivités doivent expliquer à la population et justifier leur respect des normes de la CNIL ou de la GDPR et les moyens utilisés pour ne pas inquiéter les habitants sur l’utilisation de données privées pour produire de nouveaux services.

7/ La collectivité doit utiliser le numérique et la ville intelligente pour réduire les dépenses ce qui sécurisera le bienfondé de la démarche.

8/ La collectivité doit créer les conditions pour susciter et animer l’écosystème privé et public qui peuvent apporter les solutions que les habitants attendent.

9/ La ville doit s’assurer de proposer des moyens favorisant l’inclusion numérique pour ne pas laisser des parties de la population à côté de ces améliorations.

10/ Enfin, la ville ou le territoire, ceci dépendant de la géographie, doit devenir la ‘plateforme’ de médiation et de collecte et stockage de données privées et publique pour aider au pilotage global des activités, permettre des alertes vitales et coordonner pour la population le développement concerté et harmonieux du territoire aligné sur des objectifs partagés.

Smart Territoire et attractivité

Elements présentés au colloque du MEDEF à Dijon le 6 septembre 2018

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L’attractivité adresse à la fois la capacité à drainer des flux de façon durable mais aussi adresse de façon plus subjective l’attrait, la capacité de séduction pour attirer intelligence et ressources

En 2008 le taux d’habitants dans les villes de la planète basculait à 50 % pour atteindre les 70 % en 2050 pour 6.5 Milliards d’habitants. Comme le disait une étude de la ‘Fabrique de la Cité’ dès 2010 la ville est à la fois ‘une ville solution’ : elle apporte eau, logement, éducation … elle est ‘une ville marque’ : en effectuant des choix pour attirer des talents, des spécialités, un environnement mais elle est aussi aujourd’hui ‘interrogée’ sur la façon de s’être construite. Apparaissent alors les notions de durabilité, de ‘smart’, nécessaires pour garder son attractivité.

La Smart City dans ses définitions autour de la donnée et du ‘mieux vivre et mieux faire’ porte en elle-même la constitution de l’Intelligence du territoire (ou ‘l’Intelligence collective’ comme le dit A Picon) et est depuis son origine considérée comme un ‘accélérateur d’attractivité’.

Dès 2015 le cabinet TACTIS présentait les conclusions de son étude à l’évènement de Smart City de Nice et confirmé que le premier objectif de la création des Smart City était celui de l’attractivité.

Nous regarderons plus tard les différences facettes de cette attractivité à la fois pour les entreprises et les habitants qui s’appuient sur des bénéfices attendus différents et même si les deux s’amplifient mutuellement.

La Smart City est la continuité de la ‘ville connectée’. Après cette phase de ‘connexion’ dans les années 1990/2000 très tournée sur la question des infrastructures, la Smart City consiste finalement à utiliser la puissance de la donnée et à créer les conditions de coopération des acteurs pour innover. Ceci pour optimiser les services urbains et créer de nouveaux usages pour faciliter la vie du quotidien et faciliter son développement économique.

Comme d’ores et déjà 77% de la population Européenne vit dans les villes, il est clair que la création de valeur et de richesse se concentre aujourd’hui dans ces centres urbains, la question est donc de les ‘maintenir’ attractif.

Chaque année les hebdomadaires classent les villes où il fait bon vivre. L’attractivité pour la population ce sont à la fois des ressources ‘objectives’. Ce sont des possibilités de travail, des conditions d’éducation de qualité pour les enfants, une mobilité facile et variée, une qualité de l’air et un environnement agréable, des services au public abondants et riches (associations, crèches, culture, sport …) et des possibilités de logements de qualité à des prix accessibles ou des espaces verts. Et c’est aussi des ressources ‘symboliques’ telles que le rayonnement politique de la ville et de ses élus, sa dernière réalisation architecturale ou son image médiatique.

L’attractivité pour une entreprise c’est de trouver les conditions et les moyens de faire des économies, d’augmenter sa productivité ou d’accéder à de nouveaux marchés tout en disposant d’un vivier de ressources compétentes.

Si l’on regarde dans le détail les ambitions que se donnent les villes intelligentes, elles adressent bien ces sujets.

Prenons des exemples :

Concernant une mobilité facilitée et variée. Singapour vient d’être confirmée en tête du classement 2018 de Juniper des villes les plus intelligentes pour ses décisions en termes de mobilité, 14 Milliards d’investissement en transport en commun et mobilité intelligente et des règles très dures pour ‘figer’ le nombre de voitures dans la ville en échange de la qualité de déplacement et d’une pollution en recul. Londres 3eme de ce classement et qui dès 2003 avait mis un péage urbain en œuvre est aussi récompensée par tous ces aménagements de déplacements intelligents

L’usage des données est aussi fondamental dans le déplacement professionnel.

Nous avons démontré à Lyon avec une plateforme de données de mobilité temps réel et prédictive et en partenariat avec 3 transporteurs de tailles différentes qui travaillaient en coopération avec le centre de pilotage urbain CRITER qu’il était possible de diminuer de 20% le trajet des tournées de transport et d’en diminuer de 12% leur temps. Ceci au travers d’un service de prédiction qui proposait des tracés de tournées alternatives en temps réel et de façon prédictive et qui tenait compte des évènements de circulation. Aujourd’hui les partenariats entre Waze et les collectivités tendent à apporter de façon ouverte et pour tous les publics ce type d’aide

La mise en œuvre de politique volontariste locale d’ouverture des données issues des risques, de la mobilité, des évènements dans la ville et accompagnée par une animation des lieux de création de nouveaux usages avec les Grands groupes et les start up favorisent l’ouverture de nouveaux marchés et des usages qui facilitent la vie des gens…le TUBA à Lyon, Darwin à Bordeaux, le NUMA à Paris.

Dans cette rubrique on trouve beaucoup de travail actuellement sur les usages qui permettraient de dynamiser les centres villes : meilleure connaissance des clients, application de fidélisation pour les boutiques de la ville et non par ‘marque nationale’ (exemple de Saint Germain en Laye), parking intelligents permettant un péage flexible, à distance et une information de sa fin d’autorisation (Indigo à Nogent sur Marne par exemple), les technologies ‘LIFI’ qui permettent de ‘pousser ‘de l’information au passage de personnes qui en ont accepté le fait pour bénéficier de dernières promotions ….

Dans le domaine des économies, on ne peut pas ne pas citer la nature de l’opération de Dijon et de sa plateforme ‘On Dijon’ qui repose sur des gains pour la collectivité sur plusieurs années qui permettront ou de baisser les impôts ou d’amener de nouveaux services et tout cela dans un environnement plus sûr, mieux éclairé et moins consommateur d’énergie.

Ceci me permet pour terminer cette illustration de regrouper ces deux approches qui conduisent au même objectif d’attractivité et de recherche de visibilité pour attirer habitants et entreprises.

Celle de Dijon qui après avoir regardé les différents projets autour d’elle a construit son projet sur une économie très significative de dépenses pour la ville en déléguant une partie de son activité au privé associée à la  création de valeur par la donnée et le tout coordonné par un Hyperviseur de ville amenant transparence et efficacité.

Et celle de Nice ville historiquement ancrée sur le tourisme qui a choisi il y a près de 10 ans de se doter d’un deuxième pilier celui de la ‘sustainable metropolis’.Bien plus qu’une suite de projets (Smart Grid, Hyperviseur de ville, mobilité …) c’est l’ambition de créer un réseau d’entreprises qui s’implantent à Nice sur ce thème aiguillonnée par l’IMREDD institut de recherche de formation qui a développé ses compétences dans le domaine. Dès le début les investissements publics amplifiés par ceux du privé étaient calculés par une augmentation des retours d’impôts et la création d’emplois sur le territoire pour poursuivre son développement.

Ces deux exemples, nous le noterons sont portés par une grande ambition et force politique, sans quoi il ne se passe pas grand-chose dans ces domaines.

Le marketing s’est installé depuis longtemps dans la gestion des grandes Métropoles et villes moyennes pour aider les villes à définir leur identité et leur image. Néanmoins, il existe des conditions pour que cette ambition ne reste pas qu’un ‘message’ mais puisse se transformer en réalité. La Smart City doit être une vraie politique et trajectoire d’actions à long terme qui repose sur des projets réels et le plus possible à l’échelle de la ville et pas cantonné à des expérimentations.

Même si souvent la Direction Smart City est rattachée à la Direction du Développement économique, il est important qu’elle se situe au niveau du DGS ou secrétaire général pour pouvoir peser sur toutes les décisions, pour pouvoir décider comment l’usage de la donnée dans la prochaine consultation va pouvoir influer voire en changer sa nature.

Il faut accélérer l’ouverture des données, sans préjuger de l’usage qui en sera fait et il faut abandonner les projets uniquement d’expérimentation. Certes, il doit y a avoir une phase de calage avant extension, mais les projets doivent être pensé dès leur origine sur l’ensemble du territoire pour qu’ils aient vraiment un effet d’impact mais aussi qu’ils puissent apporter un élément économique intéressant pour les acteurs engagés.

L’attractivité créé et le changement apporté par le mouvement des Smart City c’est le travail coopératif entre Entreprises (grandes et petites), collectivités, instituts de recherche et citoyens et qui représente une valeur ajoutée inédite.

Enfin, ne terminons pas ce tour d’horizon sans se poser la question du risque de passer à une forte attractivité associée à la répulsivité pour des couches de population.

Performance économique, image et réalisations culturelles poussent à attirer les élites, qui sont de grosses consommatrices de services et donc de main d’œuvre de moindre compétence. Se pose alors la question de la coexistence, des logements à prix variés, du positionnement géographique des populations et la nécessité de savoir aussi attirer toutes les couches de population.

Ville intelligente…mobilité et energie…

Juniper Research vient de publier son classement annuel des villes intelligentes selon près de 40 critères.

Pas de français aux 5 premières places pour cette année, après la victoire de Paris en 2017.Nous devrions nous consoler par le fait que Toulouse pourrait gagner l’appel à projet de l’Europe dans le cadre des projets Horizon 2020 de la ville la plus innovante qui est lui porteur d’1 Million de subventions.

Singapour sort en tête du classement de Juniper principalement grâce à sa politique extrêmement volontariste sur la mobilité et la place de la voiture. Son positionnement ‘d’ile’ limite par définition la surface disponible et a poussé les autorités à avoir une politique très agressive, dont rêveraient surement certaines Métropoles françaises, de ‘figer’ le nombre de voitures qui circulent. Chaque nouvelle voiture vendue doit être associée à la casse d’une plus ancienne, ou bien être achetée avec un ‘droit d’avoir une nouvelle voiture’ que les concessionnaires achètent au travers d’une bourse. Ces droits peuvent atteindre aujourd’hui près de 50 000 € par voiture, renchérissant d’autant sa valeur d’achat. Posséder une voiture devient alors un luxe ! Surtout pour les nouveaux acquéreurs. En parallèle de cela, et avant d’annoncer ces mesures, Singapour avait investi 14 Milliards de $ dans des infrastructures permettant d’éviter la nécessité de posséder une voiture : réseau de métro fiable, propre, climatisé, augmentation de la fréquence des bus, voitures autonomes et voitures partagées.

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Rappelons qu’IBM avait mis en place à Stockholm, Londres, puis Brisbane des péages pour les voitures dans les centres urbains dès le début des années 2000.Ces péages sans contact, par lecture de plaques avaient démontré à Stockholm leur efficacité. Report sur le transport public de près de 40 000 personnes par jour, réduction de 20 % de la pollution, la fluidité de la circulation dans la ville et une politique modulaire du tarif au regard des heures de pointes et des conditions du véhicule ciblé qui permettait d’intégrer des politiques spécifiques de tarification.

Le deuxième du classement est Barcelone, souvent citée d’ailleurs comme la première Smart City d’Europe, avec de nombreuses innovations autour de l’énergie et la création d’une entité pour piloter l’innovation ‘Urbanlab’ comme l’a fait Lyon avec le ‘Tuba’ ou Paris en s’appuyant sur le ‘Numa’. Barcelone a inscrit depuis longtemps le thème de la ‘Smart City’ comme pilier de sa politique publique en repensant chaque service, chaque investissement dans ce contexte et regardant ce que ne numérique pouvait apporter.

En troisième position on retrouve Londres avec la aussi de nombreuses d’initiatives dont celles sur la mobilité et un péage voiture mis en place dès 2003 et la mise en place d’une suite d’innovations dans ce domaine.

En quatrième position apparait une ville américaine avec San Francisco qui travaille et investit depuis longtemps pour être leader en Développement durable, San Francisco s’est aussi doté d’un responsable innovation pour rendre la ville plus ‘flexible et efficace’. N’oublions pas que de nombreuses villes américaines avaient été pionnières dans les années 2015 dans la nomination de ‘CDO’ pour travailler sur les données issues de l’Open Data (San Francisco, NY, Pittsburgh ou Chicago).La collectivité s’est aussi engagée à ne consommer que de l’énergie verte à 100 %.

Enfin la 5eme du classement est Oslo, moins souvent citée dans ces classements, mais avec un plan ambitieux de circulation et des actions dans le développement durable comme  la mise en œuvre de 10000 lampadaires modulés en puissance et pilotés numériquement qui doivent permettre de réduire de près de 70% la consommation énergétique

On remarquera que les thèmes majeurs qui portent ces leaders du classement sont la Mobilité et l’Energie qui apparaissent aux yeux des habitants comme prioritaires, tant sur leur impact sur la facilité de la vie au quotidien que sur l’impact écologique. Le domaine de la sécurité pourtant réclamé par les habitants est pour sa part peut citer explicitement dans ces classements même si toutes les villes travaillent activement sur ce sujet.