L’Open Data dans les villes, l’exemple américain

Afin d’illustrer le rôle grandissant de la data dans l’optimisation des services urbains, nous avons choisi de mettre en avant 5 villes américaines particulièrement engagées dans la valorisation et l’exploitation de l’urban data.

Boston, Chicago, Los Angeles, New-York et Pittsburgh sont à des stades d’exploitation de data différents et disposent chacune de leur spécificité et de leurs propres enjeux. Toutefois, elles ont en commun une volonté politique impulsée au plus haut niveau ainsi qu’un lien étroit avec le secteur privé et la société civile.

Lancé en 2009, Data.gov est le portail du gouvernement américain qui donne accès aux bases de données publiques afin de renforcer la transparence des services publique et d’impulser la participation des citoyens et leur collaboration aux services de la ville, dans le but d’améliorer leur efficience.

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Zoom sur les stratégies et projets amorcés par ces villes.

BOSTON :

 

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Skyboat and Boston skyline (ninezero.com)

Boston a appliqué une politique avant-gardiste d’Open data de la ville à double sens: les citoyens sont  encouragés à réunir et partager les données avec la ville, mais également à la ville d’évaluer en continu l’éfficacité des politiques publiques et à renforcer les liens avec les citoyens en faisant preuve d’une grande transparence sur ces dernières. Cette culture est à l’initiative de nombreuses applications. Les citoyens génèrent alors régulièrement des données utilisés pour améliorer les rues de la ville, comme avec l’application Street Bump.

Spécificités :

  • La ville a mis en place des dispositifs offrant une grille d’évaluation de la performance des actions menées par la ville
  • Mise en place de Crowdsourcing pour inciter les citadins à produire de la donnée de façon régulière
  • Investissement de la donnée dans la création de services de proximité adaptés aux besoins quotidiens des citadins

 

 LOS ANGELES :See original image

Los Angeles, CA

GeoHub est le portail d’informations et de données couvrant l’ensemble de la ville de Los Angeles, qui a initié le LAAS (Localization As a Service), un concept qui combine les trois catégories de services de cloud computing: l’infrastructure, les applications et le PaaS ou Plateforme as a Service, afin de mettre à disposition des applications pouvant être utilisées de façon ubiquitaire par tout le monde.

C’est alors tout le SIG (système d’information géographique) des services de la ville qui partagent leurs données métiers avec par exemple 87 couches en transports, 32 en santé, 65 en infrastructures, etc

Spécificités :

  • Création de nouvelles entreprises de services
  • Transparence et analyse de l’action publique assurées par des outils d’évaluation
  • Objectif de faire de LA une ville verte et durable

 

NEW YORK :

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(startupbootcamp.org)

Outil de référence pour la ville de New York, l’Open Data Portal  a été créé en 2013 et a été consulté plus de 2,8 millions d efois à l’issue de lapremière année de mise à disposition. Les données de sécurité publique, résultats des inspections de restaurants, informations en temps réel sur le trafic routier, archivage des plaintes liées à l’habitat, etc., hébergées dans les data sets représentent plus de 600 millions de rangées de données.

Spécificités :

  • Coopération soutenue entre la ville (données publiques) et l’écosystème des start-up high-tech donnant lieu à de nouveaux services urbains
  • Réappropriation citoyenne des données publiques (outils Open Source)

PITTSBURGH :See original image

 

La démarche Open Data de la ville de Pittsburgh se caractérise également par une forte implication des citadins, mais ajoute aussi l’organisation régulière de hackathons pour encourager la création d’applications mobiles améliorant les services des habitants.

Spécificités :

  • Stratégie de sensibilisation des citadins aux enjeux du Big Data
  • Redynamiser l’économie du territoire et lutter contre la pauvreté par une politique d’Urban Data à l’échelle régionale
  • Ebauche de réglementation de la réutilisation des données ouvertes de la ville

CHICAGO :See original image

(dbfchicago.com)

Le portail de la ville de Chicago est remarquable pour la richesse et la transparence des informations qu’il met à disposition des citoyens : liste des titulaires des marchés publics, prix et types de prestations réalisées et budgets détaillés de la ville de même que le nombre, le nom et le salaire des personnes qui travaillent dans les différents services de la ville.

Une diversité de projets témoignent de la volonté de Chicago de s’engager dans l’innovation:

  • « MetroChicagoData.org », regroupant sur un site commun les données des différentes administrations afin d’accroître l’efficacité des services et permettre l’accès à des informations vitales. En 2012, MetroChicagoData.org fut classé par le journal InformationWeek dans le top 15 des innovations gouvernementales ;
  • « Cities.Data.Gov », un site de données et d’applications pratiques pour la vie quotidienne;

Spécificités :

  • La ville réalise des projets sur le long terme pour répondre aux besoins de proximité
  • Chicago est une des villes pionnières en matière d’analyse prédictive
  • Différentes plateformes d’implication des citadins dans la réflexion sur l’Urban Data et ses débouchés concrets.

co-écrit avec Geraldine Saur Master II Paris-Dauphine en Management et Business Transformation

 Références:
http://owni.fr/2010/05/31/opendata-12-data-gov-ou-data-gov-uk/
https://socrata.com/case-study/useful-data-for-everyone-the-city-of-boston-and-open-data-strategy/
http://www.lafabriquedelacite.com/fabrique-de-la-cite/site/fr/interventions/pages/jascha_franklin_hodge_la_data_au_service_des_citadins_07062016.htm
http://www.sigtv.fr/Le-SIG-au-coeur-de-la-dynamique-Smart-City-de-Los-Angeles_a297.html
http://www.lafabriquedelacite.com/fabrique-de-la-cite/data.nsf/951F68AEB0B75B1CC1257E0F003225D2/$file/etude_def_urbandata2.pdf
http://www.lafabriquedelacite.com/fabrique-de-la-cite/site/fr/interventions/pages/intervention_de_debra_lam_pittsburgh_innovation.htm
http://www.fondapol.org/politique-2-0/chicago-et-open-data/

La Smart City part de la donnée …. Vers l’Open Data

La donnée : matière première de la ‘ville intelligente’

Dans leur quête vers la Smart City : la ville parfaite, intelligente et réactive à l’écoute du citoyen, les villes s’appuient sur le numérique pour amplifier leur développement économique, améliorer leur efficacité opérationnelle, la gestion de l’énergie de la mobilité ou de la sécurité et bien sûr les services au quotidien pour rendre la vie meilleure à leurs habitants.

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Pour cela, un élément est essentiel : la donnée.

Géo spatiales, de pression, de vitesse ou énergétiques, capter et disposer de ces gigantesques masses de données générées en continu notamment par les différents capteurs, opérateurs urbains, individus, véhicules connectés, smartphones ou applications va être la première condition à la mise en place d’une ville intelligente et durable.

La Base est donc de parvenir à récupérer toutes ces données de façon précise, les agréger, les trier, les normer, les classer et les gérer avant de pouvoir les remettre à disposition des services, applications pour les usagers de la ville alors en mesure de les exploiter.

Pour mener à bien leurs projets, les villes mettent en place ou vont devoir mettre en place une stratégie de Big Data,  qui va suivre principalement deux schémas :

Un axe opérationnel : Utiliser les données en temps réel pour optimiser le fonctionnement de la ville, mieux piloter les flux de transport et d’énergie, et pouvoir prévenir et traiter les moindres incidents ex : IBM a démontré à Madrid, Nice, Rio, Montpellier, Miami ou Mineapolis comment la collection des données et leur exposition après traitement analytiques pour action permettait d’optimiser les opérations de la ville et de réduire les dépenses ou les risques, Dijon a lancé une consultation avec le même objectif.

Un axe servitiel : Développer de nouveaux usages et services pour les habitants, à travers une vision participative de la création d’une Smart City, où les start ups et citoyens sont invités à collaborer et développer des projets au dela de ceux produits par la collectivité.ex : Chicago, NY, San Francisco, Lyon avec le Tuba, Rennes, Montpellier, Paris avec le Numa en sont quelques exemples.

Il s’agit finalement pour les citoyens de partager à priori les données qu’ils produisent au quotidien dans un contexte où ils ne savent pas forcément l’objet et les conditions de leur utilisation pour en espérer une utilisation qui leur serve à postériori.

Il est alors essentiel dans ces conditions que cette stratégie d’Open data affiche certains principes pour remporter l’adhésion des usagers et soit couronnée de succès :

  • Les technologies de Big Data utilisées doivent garantir la transparence et intéresser directement l’usager des services de la ville
  • La ville doit rassurer les habitants sur le respect de la vie privée par des outils et méthodes expliquées.
  • La ville doit ensuite collaborer avec les entreprises et opérateurs qui recueillent les données pour trouver les meilleures solutions qui combinent savoir métier et innovations technologiques mais aussi avec les citoyens
  • La ville doit enfin construire l’environnement urbain, contractuel et de participation permettant ces croisement de richesse et de compétences : Par exemple Veolia est en partenariat avec IBM pour rendre la gestion de l’eau plus efficace et moins chère à l’usager et Huawei, ENGIE a annoncé cet été son partenariat avec IBM dans les Smart City et les grands groupes acquirent ou prennent des participations dans des start up comme cette semaine le groupe Lacroix avec Neavia Technologies.

L’étape suivante consiste alors à libérer complètement ces données produites par la collectivité et en tout ou partie celles des opérateurs sous forme d’ Open Data, ceci se fera  au travers d’une plateforme digitale permettant la mise à disposition et l’utilisation des données par des tiers pour accélérer le voyage vers la Smart City.

Références :

Retour sur les dernières actualités Smart Cities

Que s’est-il passé dans le monde Smart Cities ces dernières semaines? Voici une sélection d’articles remarquables :

1) Will Rio Be a ‘Smarter’ City After the Olympic Games?

Les chercheurs Christopher Gaffney et Cerianne Robertson ont analysé deux éléments clés de l’infrastructure Smart City de la ville de Rio : le Centre de commande intégrée et de contrôle (CICC) et le Centre d’Opérations  de Rio (COR), qui ont coûté à la ville 40 millions de dollars en prélude des Jeux Olympiques de 2016. Christopher Gaffney est cependant pessimiste quant à l’héritage de ces installations pour faire de Rio une ville plus intelligente sur la durée. Pour lui, « Le paradigme des villes intelligentes n’est pas capable de répondre aux besoins les plus pressants des villes tout en répondant aux déficits chroniques dans les infrastructures urbaines et à l’absence de solides institutions de la société civile ». Lire l’article complet sur: http://www.citylab.com/design/2016/08/will-rio-be-a-smarter-city-after-the-olympic-games/494912/

2) À Palaiseau, l’innovation se met au service de la ville de demain

Depuis 2013, à quelques dizaines minutes de Paris, se dessine au cœur du plateau de Saclay un quartier éco-conçu qui a vocation d’exemplarité en matière de qualité et durabilité de conception.Cet espace de 140 000 mètres carrés, accumule les bons points : chaufferie à bois er réseau de chaleur, gestion raisonnée de l’eau, bâtiments basse consommation, conciergerie, limitation de l’usage de l’automobile etc. « Bien plus qu’un projet immobilier ordinaire, le quartier Camille Claudel est une proposition d’un nouveau mode de vie ». La technologie Lifi, qui équipe 77 lampadaires, permettra à la commune « de disposer d’un réseau sécurisé pour des données sensibles dont on n’a pas envie qu’elles soient piratées. ». Lire l’article complet sur: https://www.maddyness.com/innovation/2016/08/04/smartcity-leco-quartier-camille-claudel-linnovation-se-met-service-de-ville-de-demain/

3) Pokémon GO ouvre la voie à une plateforme universelle pour la smart city

Pokémon GO est un véritable phénomène social. Son concept serait également une introduction à des changements de comportements qui faciliteraient le développement de la smart city, avec la ludification au service du développement des villes intelligentes. En effet, une application smartphone permettant d’améliorer les relations sociales et est beaucoup plus attrayante que les dispositifs que les municipalités tentent d’installer pour exposer leurs données aux habitants. Lire l’article complet sur: http://www.objetconnecte.com/pokemon-go-smart-city-2707/

4) Copenhague : une smart city aux multiples facettes

La capitale danoise est une smart city exemplaire. C’est à la fois une ville connectée, une ville verte et une ville innovante, à l’écoute de ses citoyens, qui teste ses solutions à petite échelle avant de les généraliser.  Au coeur de la ville, le tout récent Street Lab incarne cette volonté de la Ville de faire plus durable et plus intelligent. “Les capteurs sont en harmonie avec les bâtiments anciens. Ce sera une ville qui utilise la technologie et les données mais les décide avec et pour ses citoyens.” Lire l’article complet sur: http://www.atelier.net/trends/files/copenhague-une-smart-city-aux-multiples-facettes_442646

5) Smart City : pourquoi Barcelone a toujours un train d’avance

“Pour nous, être une Smart City signifie trois choses. Il faut rendre la vie plus facile pour les habitants, créer plus de richesses économiques et le tout de manière durable et soutenable pour la planète. Une Smart City, c’est penser beaucoup plus loin que le simple aspect technologique.” Lire l’article complet sur: http://www.atelier.net/trends/articles/smart-city-barcelone-toujours-un-train-avance_442606

6) Smart City : où en est-on en France ?

Alors que depuis le début des années 2010 un engouement mondial a propulsé le concept de Smart City en tant que nouvel horizon urbain, où en est-on de l’appropriation du concept et des projets concrets en France? Existe-t-il, comme on peut le voir dans d’autres pays, une réelle stratégie dédiée à la mise en place de Smart Cities? Les enjeux de la donnée sont-ils suffisamment pris en compte? Lire l’article complet sur : http://www.objetconnecte.com/smart-city-france-0707/

7) Les projets « smart city » : gadget ou création de valeur collective ?

Des « villes pionnières », en passant par les villes qui consolident leurs démarches  jusqu’aux « collectivités engagées plus récemment », un nombre croissant de villes françaises a déjà pris le tournant des villes intelligentes. Lire l’article complet sur: http://www.lesechos.fr/idees-debats/cercle/cercle-158857-les-projets-smart-city-gadget-ou-creation-de-valeur-collective-2014047.php

 

 

 

 

 

ENGIE annonce la signature d’un partenariat stratégique avec IBM

A l’occasion de la présentation des résultats semestriels, ce jeudi 28 juillet, Isabelle Kocher, Directeur Général d’ENGIE, a déclaré :

« Le plan de transformation de l’entreprise que nous avons annoncé en février dernier est en marche. En 6 mois, nous avons déjà réalisé 40 % de notre programme de rotation d’actifs. Notre plan d’optimisation des coûts Lean 2018 progresse selon nos attentes. Nous avons également accéléré la transformation digitale de l’entreprise en lançant ENGIE Tech, véritable usine à nouveaux business pour le Groupe, et en signant quatre partenariats stratégiques avec Fjord, C3 IoT, Kony et IBM pour accompagner nos métiers dans cette révolution. Nous avons par ailleurs poursuivi la mise en oeuvre de notre stratégie vers la production d’électricité bas carbone avec la mise en service de 500 MW de nouvelles capacités électriques peu émettrices de CO2. La transformation est bien engagée et je suis convaincue de sa réussite grâce à la mobilisation de nos 155 000 collaborateurs.»

Retrouvez le communiqué de presse complet sur: http://www.engie.com/investisseurs/resultats-3/resultats-2016/

La réussite de la gouvernance entre les acteurs privés et publics est elle la clé du succès des ‘Smart Cities’ ?

La littérature concernant les projets de Smart Cities se préoccupe beaucoup de la participation et de l’avis des citoyens.

Cependant, les Universités, les institutions de recherche et les entreprises de l’high-tech ou des métiers des services de la ville (bâtiments, eau, énergie) sont aussi des acteurs majeurs et finalement les précurseurs dans le développement du concept de Smart City. Ils utilisent leurs expertises pour imaginer et mettre en place des solutions intelligentes qui vont soutenir une meilleure qualité de vie dans les zones urbaines. Les rapports des projets de Smart Cities souvent négligent cet aspect, et la gouvernance qui doit se mettre en place pour garantir le succès d’une démarche de Smart City. En effet, nous relevons peu d’informations sur les façons de gérer la complexité des relations entre les autorités publiques et les industriels, comme par exemple ABB, IBM, Bouygues, Eiffage, Accenture, Cisco ou encore Engie, qui sont toutes aussi importantes.

Comment faire collaborer sur un même projet une entreprise privée, avec des objectifs de court terme et des attentes de revenus hautes, avec une collectivité, donc les projets s’étalent sur les années et disposant d’un budget contraint ? Peut – on identifier des éléments nécessaires dans la construction d’une gouvernance pour la bonne conduite du projet ?

La gouvernance fait appel à trois principaux éléments. Premièrement, la gouvernance est le processus mis en place pour faire converger tous les comportements individuels vers une vision et un but commun. Cela concerne alors les résultats de l’interaction entre tous les acteurs du projet par rapport à leurs responsabilités respectives qui est le premier élément mis en avant, quant à leurs intérêts propres et la répartition des rôles de chaque acteur. Le concept de gouvernance fait également appel aux engagements de conformité, contrats et négociations respectés. Finalement, la gouvernance considère la performance en termes de fonctionnement de l’organisation qui répond aux attentes des différentes parties prenantes dans le dispositif. Un projet de Smart City doit être construit selon des procédés partagés, impliquant toutes les parties prenantes autour d’une vision commune et adoptant des politiques et règles afin de définir les frontières et le périmètre du projet ainsi que les droits et les devoirs de tous les acteurs. Une mauvaise gouvernance aura pour conséquences une mauvaise définition des responsabilités et priorités, conduisant à un manque d’efficacité dans le déroulement du projet et des résultats insatisfaisants.

Finalement, les leviers de réussite dans la mise en place d’une gouvernance entre les collectivités et les acteurs privés qui interviennent dans les projets de Smart Cities sont les éléments nécessaires à tout projet, comme le comité de pilotage et le comité directeur, favorisant la communication entre les acteurs du projet, et un leadership pour faire avancer le projet, ainsi que la construction d’une feuille de route pour faciliter son suivi. Cependant, la différence de culture et de connaissance entre les grandes entreprises et les collectivités ; ces dernières se positionnant sur une période de temps plus long, moins agiles dans leur structure et avec moins de connaissances en nouvelles technologies par rapport aux entreprises privées ; demande encore plus de flexibilité et de communication dans la relation, pour permettre un vrai transfert de compétences des entreprises aux collectivités et augmenter la confiance des collectivités vis-à-vis des entreprises. Cette confiance mutuelle qui passe par un apprentissage est donc un point essentiel et structurant des projets de Smart Cities.

Quatre tendances actuelles dans la mise en place de la relation publique–privée liés à des enjeux majeurs dans le fonctionnement entre les partenaires s’observent alors:

  • Aujourd’hui dans les projets de Smart Cities, les collectivités et les entreprises privées ont pour objectif commun la visibilité. Cela se manifeste par un marketing ciblé et une communication importante auprès des citoyens pour les villes ou métropoles, et des autres collectivités pour les entreprises. Ce marketing poussé est dû au fait qu’aucune ville n’a encore atteint l’état de Smart Cities qui est un parcours. L’objectif ultime de devenir une Smart Cities n’est donc pas vraiment réalisable à court terme, périmètre d’action des entreprises privées, et c’est donc la promotion commune de la Smart City qui est recherchée dans les projets. Avec ce marketing territorial, la collectivité poursuit également des objectifs de développement économique et durable et de qualité de vie pour les citoyens en devenant plus attrayantes pour l’installation des entreprises, des start ups, des habitants.

Nous observons alors que même si le but commun poursuivi est aujourd’hui la visibilité, il est important de construire une feuille de route, ou roadmap, précise afin d’aligner la vision des parties prenantes sur le projet et de tendre vers un objectif commun lié à la production d’un environnement économique durable et d’une gestion avisée des ressources naturelles. De plus, il est important que les collectivités comprennent que le but n’est pas la course à la Smart City, mais que c’est en partageant leurs expériences et leurs connaissances sur les projets que les villes arriveront à atteindre l’objectif ultime de la Smart City.

Les villes commencent à comprendre cela et ainsi Manuel Valls réunissaient le 6 juillet à Lyon les Président des quinze principales métropoles afin de signer le pacte métropole qui permettra de mettre en réseau les synergies, pour encourager les expérimentations et les collaborations et ainsi promouvoir une dynamique transversale de la Smart City (Boche, J. 2016a). Pour Manuel Valls, l’enjeu n’est pas une compétition entre les territoires, car “À l’heure où les labels, les choix de localisation des entreprises ne cessent d’alimenter les concours de beauté et les rivalités […] Le rôle de l’État n’est pas d’avantager Lyon contre Lille ou Bordeaux contre Toulouse. C’est permettre à toutes ces villes de jouer dans la cour de Francfort, Genève, Milan ou Barcelone.”

  • Les contrats existants ne sont aujourd’hui pas optimaux pour formaliser une gouvernance entre les collectivités et les acteurs privés dans les projets de Smart Cities. En effet, les projets de Smart Cities sont aujourd’hui formalisés en majorité à partir de la procédure de l’article 3.6 du code des marchés publics. Or ce type de partenariat n’est aujourd’hui pas optimal pour inciter à l’innovation et assurer aux entreprises un retour sur investissement à la suite de la phase de Recherche et Développement. Ce type de partenariat empêche de passer à l’échelle et de déployer les solutions sur tout un territoire. Le partenariat d’innovation, créé pour palier à ces problèmes, n’a encore pas assez aujourd’hui de retour sur expérience pour permettre sa démocratisation dans les projets et les entreprises et collectivité sont frileuses de l’utiliser pour toutes les études qu’elles doivent réaliser en amont afin de prouver le caractère innovant du projet.

Finalement, de plus en plus de consortiums se créent, permettant de construire des partenariats équilibrés entre les différents acteurs, avec sa structure souple mais permettant un réel engagement des parties au projet. Ce sont alors les nouvelles tendances qui s’observent dans la construction de partenariats à succès et qui permettent une gouvernance équilibrée entre les acteurs, sans formalisme particulier pour une gouvernance entre collectivités et entreprise la plus équilibrée possible.

  • La méfiance des collectivités envers les grands groupes technologiques a tendance à se réduire. Ce manque de confiance est dû au décalage entre les connaissances des entreprises et les collectivités concernant les nouvelles technologies, les big data et le traitement des données récoltées. Ainsi, les collectivités ont peur de perdre le pouvoir face aux grands groupes et voient l’Open Data comme un moyen de monétiser leurs données à leur insu. Cependant, les collectivités comprennent de plus en plus la Smart City comme tournée vers les citoyens, et non plus technocentrée. Les nouvelles technologies deviennent des outils au service des projets, et ils comprennent l’importance de l’Open Data, au service du citoyen, pour proposer des services innovants et apporter de la transparence dans l’action publique. De même, on aperçoit la tendance des villes de nommer des CDO (Chief digital officer), dont les premiers en France à Paris et Mulhouse. On peut penser que la méfiance des collectivités envers les grandes entreprises technologiques se réduit alors car les CDO ont l’expertise technologiques nécessaire à la compréhension des outils numériques, et les projets ne sont plus centrés sur le numérique mais bien vus comme le numérique au service de la qualité de vie des citoyens.

Cependant, face à l’écueil encore important de l’apprentissage des collectivités afin de réduire leur méfiance et le ‘gap’ de leurs connaissance technologiques, les grandes entreprises pourraient mettre en place plus de workshops, pour les évangéliser sur les enjeux de l’Open Data. Impliquer un maximum de parties prenantes du côté des collectivité en amont des projets dans une optique de coconstruction et d’apprentissage sur un modèle d’innovation ouverte, ou d’’urbanisme Open Source’ selon les termes de la sociologue Saskia Sassen. Ce nouveau mode de gouvernance implique alors que la collectivité accepte de ne plus être au centre du pilotage de projet, et que les entreprises qui vendent la technologie ‘urbanisent’ cette technologie afin qu’elle soit comprise par les villes et non plus contrôlée par les entreprises. Ainsi, l’urbanisme Open source utilise la technologie pour rendre disponible pour tous la connaissance et les expériences des citoyens dans un territoire, une ville ou une métropole, créant ainsi un réservoir collectif de savoirs disponibles aux projets de villes intelligentes, à l’image de ce que le pacte métropole propose.

  • La valeur pour les collectivités et les entreprises, et le retour sur investissement est aujourd’hui difficile à évaluer ou quantifier. Encore trop au début de leurs démarches Smart City, il est difficile pour les collectivités et les entreprises de savoir mesurer la performance du projet avec des indicateurs objectifs et sur la durée. Il est encore trop ténu de quantifier les résultats et il n’y a donc pas encore de culture de résultats liée à la performance. Les villes utilisent alors la data pour comparer les données avec celles en amont du projet pour un même indicateur, via notamment des outils de pilotage urbains fournis par les entreprises et qui facilitent l’accès à toutes les données de la ville de manière à pouvoir suivre les incidents en temps réel et de comparer avec l’historique sur un secteur donné. Ces outils permettent ainsi d’avoir une idée sur la performance et l’atteinte des objectifs de projets de Smart City, où les chiffres dictent les résultats tout en apportant du contexte.

Cependant, comment capter l’amélioration du bien-être dans la ville ? C’est là pour l’instant la limite de ces outils de pilotage et des projets de Smart City.

Finalement, même si la transformation des villes place les partenariats entre grandes entreprises privées et collectivités comme incontournables, mettre en place la bonne gouvernance qui permettra une relation équilibrée et fructueuse est un enjeu vital à la réussite des projets. Il est possible aujourd’hui de connaître les moyens et les leviers sur lesquels jouer pour assurer cette bonne gouvernance, mais il existe encore certains écueils à réduire. Une chose reste cependant certaine, l’avenir est à la coopération et coconstruction entre de tous les acteurs pour offrir de la valeur collective aux territoires.

Géraldine Saur, extrait du Mémoire de fin d’études, Université Paris-Dauphine

La ville, le citoyen, les données et ses services

Interviewé pour le numéro 82 de traits urbains de mai juin, j’ai pu commenter quelques tendances actuelles du développement des Smart Cities et aussi les freins qu’il reste encore à débloquer.

En synthèse, et au delà des bases de la Smart City liées à l’expression des données et à la mobilité, on peut voir de plus en plus clairement la demande des citoyens de prendre en compte avec plus de considération la sécurité des biens et des personnes ainsi que la gestion des catastrophes naturelles.

La difficulté du passage à l’échelle des projets à celle de la ville reste une question clé même si on peut commencer à l’appréhender en anticipant l’intégration du numérique dans chaque nouveau projet de la collectivité.

La transformation numérique touche toutes les organisations et tous les ‘business model’, notamment avec l’approche économique des ‘plateformes’ mais il est nécessaire de poursuivre la connaissance du numérique au niveau des acteurs de la ville, non pas en objet technologique mais en créateur et catalyseur de nouveaux modèles.

En parallèle, on voit surgir de plus en plus de projets de bouquets de service au coeur des nouveaux quartiers et l’idée que le cognitif va pouvoir apporter des capacités d’intelligence pour mieux accompagner les décisions et les choix.

Le marché global semble lui de plus en plus attractif avec une estimation de 1,4 trillion de dollars en 2020.

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L’Open data, levier de création de valeur

Dans le cadre d’un projet de recherche avec les étudiants du Master Large Metropolis de Sciences Po Paris, nous avons travaillé au travers de questionnaires auprès de plus de 30 villes en Europe sur le phénomène de l’Open Data, ses opportunités, ses risques, les business model associés et les nouveaux vecteurs d’innovation des villes.

Etudiants du Master Large Metropolis de Sciences Po Paris pour la restitution finale de l’étude

Depuis la directive européenne de 2003 et sa transposition en 2015 dans la loi Walter en France la poussée des acteurs publics pour disposer des données ouvertes n’est plus à démontrer. On peut citer notamment le domaine des transports avec le ‘projet de loi pour la croissance et l’activité’ qui est l’un des plus visible sur la valeur qui peut en être tirée, et le débat encore en cours entre la RATP et l’application ‘Citymapper’.

Cette volonté d’ouverture des données est vue par les petites villes comme un besoin de transparence  alors que les plus grandes en attendent de la création de valeur par le développement de nouvelles applications apportant de nouveaux usages aux habitants – A Londres près de 425 applications s’appuyant sur les données de mobilité existent déjà.

Dans les grandes villes américaines, mais aussi françaises comme à Paris ou Lyon des ‘CDO’ – Chief Digital Officer – ont été nommés pour accélérer cette création de valeur et organiser cette ‘mélée’.

L’idée de ces métropoles est de faire de la ‘création numérique’ sur ces données. Pour améliorer l’usage des services de la ville, mais aussi pour poursuivre l’enrichissement de nouvelles données et permettre la plus grande participation des citoyens, ce que nous confirmait Nantes.

Les premières questions sont techniques autour de ‘l’interopérabilité‘ entre jeux de données des différentes villes pour permettre à ceux qui vont créer des usages de ne pas devoir redévelopper pour chaque lieu l’ensemble de la chaine de valeur. S’ajoute à cela l’approche souvent ‘silotée’ des données qui ne sont que rarement partagées en un lieu unique et croisées pour créer de nouvelles occurrences, c’est ce que nous avions démontré et réalisé à Montpellier lors de notre projet de recherche : croiser les données météo, avec les données de mobilité et les données d’anticipation des risques de montée d’eau localisés apportent une valeur importante non traitée auparavant.

Le deuxième enjeu est celui des ‘droits’ à payer ou pas et des coûts engendrés pour la collectivité pour produire des données de qualité qui respectent les spécificités de la loi.

A cette heure aucune décision formelle n’est prise et le débat est fort entre les partisans du tout gratuit et ceux qui considèrent qu’à minima les frais engendrés à la collectivité doivent être compensés, surtout si ces données sont utilisées ensuite à des fins commerciales, là encore Lyon fait figure de pionnier et ses choix sont analysés comme exemple.